Anwar

Primary tabs

"Si je vois mon semblable souffrir sans lui tendre la main, je ne mérite pas d’être considéré comme un être humain."

"Je suis arrivé en France le 28 août 1973. J’avais fini mes études en Egypte où le système éducatif était cloisonné et je ne me sentais pas libre d’étudier ce que je voulais. Je suis venu visiter Paris avec le projet de partir à Londres. Et me voilà encore ici, 43 ans après.

J’avais déjà une certaine idée de la France avant d’arriver. Il y avait beaucoup de Français au Caire qui me parlaient d’elle, de sa culture, de ses valeurs. En 1973 à Paris, le racisme était moins dur qu’aujourd’hui, il était moins généralisé parce que la situation économique était meilleure mais il ne faut pas oublier que la guerre d’Algérie n’était pas encore finie dans la tête des gens. On me prenait souvent pour un Algérien et les regards, parfois, se durcissaient.

A l’époque, les Français voyaient l’étranger comme quelqu’un qui venait développer le pays et non pas comme celui qui venait manger leur pain. Aujourd’hui, ce qui a changé c’est l’attitude des responsables politiques. Mais malheureusement, ils sont un miroir dans lequel les Français se reflètent.

Il faudrait créer un contre-pouvoir, créer des organismes qui permettent de détecter le vrai du faux dans les discours, et empêcher l’impunité en faisant en sorte que les lois, surtout celles contre la discrimination, soient appliquées. Il ne devrait pas y avoir deux poids, deux mesures en fonction des origines.

Je suis malheureux de voir cette atmosphère qui se détériore. A Paris, il y a du potentiel, de l’imagination et des atouts pour aller plus loin. Mais certains de ceux qui tiennent des propos durs envers les étrangers semblent oublier d’où ils viennent. Un homme c’est comme un arbre, si on lui retire ses racines, il tombe.

Ma femme est Française, mes enfants sont ici. Je suis chez moi dans les deux pays. Mes enfants ont grandi avec les deux cultures. Je ne me sens pas Français mais Parisien et je n’ai pas demandé la naturalisation. Une carte d’identité ne peut pas m’apporter plus d’amour que j’en ai déjà pour ce pays. Bien sûr, je pourrais rentrer en Egypte. D’ailleurs beaucoup d’amis français qui vivent en Egypte se demandent pourquoi je reste. Je crois que la raison du cœur a pris le dessus sur la raison du Caire !

Paris est une ville cosmopolite et conviviale. Les gens ont l’habitude de vivre avec les autres. J’aime cette ville. Après 43 ans, je me sens beaucoup plus Parisien que Cairote et je connais cette ville par cœur. J’y ai mes habitudes: le petit crème et un croissant le matin, au comptoir, en bas du bureau. Chaque culture a sa richesse et on devrait avoir envie de découvrir les richesses des autres. On devrait être plus solidaires, aider ceux qui souffrent. Si je vois mon semblable souffrir sans lui tendre la main, je ne mérite pas d’être considéré comme un être humain."

Cette campagne fait partie d'un partenariat avec la Mairie de Paris.

Photo Credit: OIM/Romeo Balancourt

3,315 kmfrom home
#iamamigrant
Anwar
Pays Actuel: 
France
Pays d'origine: 
Égypte

Partagez ce témoignage:

This migrant's life story touches on the following Sustainable Development Goal(s):