Radu

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Photo Credit: OIM/Romeo Balancourt

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"On doit reconnaitre que la France est forte et belle parce qu’elle est diverse et que certains, en venant ici, la font grandir."
Radu
Pays Actuel: 
France
Pays d'origine: 
Roumanie

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"J’avais toujours vécu dans un univers francophile: mon père lisait Le Monde, on avait Paris Match, Jour de France et Pif le chien à la maison. Il nous rapportait des cartes postales de la Tour Eiffel, de Notre Dame, du Lido, des cafés. On savait que la France symbolisait la joie de vivre, la liberté, les droits de l’homme. Pour nous la France c’était le paradis et les belles femmes, libres et modernes. Une forme d’insouciance, de légèreté.

A l’époque, il y avait la dictature en Roumanie. Je voulais faire du théâtre et j’avais monté une compagnie clandestine mais je savais qu’il était dangereux pour moi de continuer à écrire sous ce régime alors j’ai dû partir. Restait à savoir où et comment. Lorsque j’en parlais à ma famille, la France apparaissait toujours comme une évidence.

Je suis arrivé le 4 décembre 1980 à Paris. Je me rappelle toutes les décorations de Noël que je voyais sur la route en sortant de l’aéroport. Tant de couleurs, de lumières ! Ça me semblait presque indécent. Je venais d’une ville, Bucarest, où la lumière était coupée toutes les nuits ; où les rues étaient défoncées. 

« Mais qu’est-ce donc que ce monde ? » me demandais-je constamment: d’un côté la Roumanie, et de l’autre côté un pays si beau, trop riche. Mais savoir que j’allais pouvoir dire tout ce que je voulais sans avoir peur me faisait oublier ce malaise. La difficulté quand on est pris entre deux extrêmes, c’est que plus on galère, plus on s’attend à quelque chose de magique ! Or, je débarquais de Roumanie dans une école de cinéma post soixante-huitarde où les élèves ne voulaient pas faire ce que le professeur proposait. Comme j’avais envie d’apprendre et que je le montrais, certains élèves se moquaient de moi et disaient  « si tu n’es pas content, rentre chez toi ! ».  

D’un côté, je ne leur en veux pas. Ils ne savaient pas ce que j’avais vécu, comme je tremblais dans ma tête. D’un autre côté, je me suis senti tellement humilié, que j’ai voulu leur montrer que j’allais parler comme eux, écrire comme eux, être comme eux. Je voulais tellement leur ressembler pour qu’ils arrêtent de me montrer du doigt. C’est seulement plus tard qu’on comprend qu’il vaut mieux être différent.

Me sentir libre m’a fait me sentir Parisien très rapidement. Certains naissent avec un cadeau sans savoir que c’en est un. D’autres se battent pour recevoir ce cadeau, et toute leur vie ils s’en souviennent. Ce cadeau, c’est la liberté, la beauté de Paris.

Paris, c’est la plus belle ville au monde à mes yeux. Et être Parisien c’est avoir accès à tout ce qu’elle offre : culture, histoire, gastronomie, diversité, architecture... C’est pouvoir flâner où je veux. C’est être informé de manière démocratique sur tout ce que je veux. Quand je suis assis à une terrasse de café je sens que, pour l’instant, je suis dans un pays libre, et cela m’apaise. Je n’ai pas peur à Paris.

La France, c’est chez moi. Mais mon premier pays, ce sont mes enfants. Je n’oublie pas mon origine roumaine ; elle est là dans ma façon d’être, de penser. Je n’oublie pas non plus ma judéité. Paris m’aide à conjuguer toutes ces identités. Bien sûr, toutes ces différences en moi ne sont pas toujours acceptées. Parfois, je sens qu’on souhaiterait me mettre dans une case, et je le vis parfois difficilement. Mon cinéma n’est pas vraiment français et pourtant je suis Français. Mais il n’est pas roumain non plus. J’ai l’impression qu’on a du mal à reconnaitre que la France est forte et belle parce qu’elle est diverse et que certains, en venant ici, essaient d’y apporter une couleur différente, et peut-être, de faire  grandir son patrimoine.

La France a les droits de l’homme et la démocratie dans ses gènes même si elle a connu des passages très sombres dans son histoire. Elle a de belles valeurs dans son patrimoine et on devrait être fiers d’aider les autres à intégrer ces valeurs, à ce qu’ils les fassent leurs.

J’ai eu la chance d’être aidé, d’être accueilli en arrivant. Accueillir ce n’est pas juste ouvrir la porte, c’est accompagner. C’est être ouvert à ce qu’est l’Autre. L’hospitalité c’est aussi un dialogue. Pour combattre le racisme, il faut aider les gens à se rencontrer, à se parler. Il faut aussi faire attention à ce que l’on dit, à l’emploi d’expressions qui excluent.

Par exemple, on ne dit pas de mes enfants, qui ont pourtant un nom de famille étranger,  qu’ils sont « issus de l’immigration ». Est-ce parce que ça ne se voit pas ? C’est comme s’il y avait des Français et des presque Français. Comme s’il y avait des propriétaires de la maison France, et des locataires, qui ne sont pas censés y rester, leur bail semblant être renouvelable.

Il n’est pas trop tard. Mais tout cela demande beaucoup de pédagogie. Il faut éduquer les jeunes. Faisons l’éloge de la différence."

Cette campagne fait partie d'un partenariat avec la Mairie de Paris.

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