Mohamed

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Photo Credit: IOM/Flavia Giordani

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#iamarefugee
"Les rassemblements journaliers avec la famille me manquent, la culture de mon pays aussi."
Mohamed
Pays Actuel: 
Mauritanie
Pays d'origine: 
Syrienne, République Arabe

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"J’ai quitté la Syrie en 2011, deux mois après le début de la guerre. J’habitais à Al-Hajar al-Aswad, en périphérie de Damas, la capitale. Nous sommes allés vivre au Liban avec ma famille ; j’ai trouvé un travail comme mécanicien pour imprimantes offset dans une entreprise d’impression de livres. J’étais au Liban depuis quelques mois lorsque la compagnie a décidé d’ouvrir une succursale en Mauritanie et m’ont envoyé ici. Ce n’était pas mon choix de déménager à nouveau. L’année dernière, ils ont décidé de fermer l’entreprise. J’ai perdu mon travail et je n’ai jamais reçu les allocations pour le logement et les assurances maladies que la direction m’avait promises. Ma profession est très spécifique et je n’ai pas retrouvé de travail. En Mauritanie, il y a uniquement deux imprimantes offset dans tout le pays. Avant de perdre mon travail, j’aimais ma vie en Mauritanie, j’avais tout.

Il y a sept mois, j’ai ouvert un petit restaurant dans un garage pour gagner un peu d’argent. Quelques amis m’ont prêté de l’argent mais je n’ai pas encore pu les rembourser et ils s’impatientent. Ouvrir ce restaurant n’était pas mon rêve mais je n’avais pas le choix, nous devons manger, je dois nourrir mes enfants.

J’ai six enfants qui ont 16, 14, 10, 8, 5 et 3 ans. Mon fils de 8 ans est tombé du toit une fois parce qu’il jouait seul là-haut. Ma femme et moi travaillons de 8h du matin jusqu’à minuit, sept jours par semaine. Nous n’avons pas le temps de nous occuper de nos enfants et nous ne les voyons presque pas pendant la semaine parce qu’ils dorment quand nous rentrons à la maison. Ils restent seuls à la maison, mangent du pain avec de la vache qui rit (fromage à tartiner). Ils ont oublié le goût des fruits ou le plaisir de jouer dehors.

Mes enfants ne sont pas allés à l’école pendant les deux dernières années. Après plusieurs demandes, le HCR a finalement commencé à payer les frais de scolarité depuis cet été.

Depuis quatre mois, je ne peux plus payer mon loyer et je reçois des menaces d’expulsion. J’ai dû tout vendre dans mon appartement pour pouvoir manger pendant quelques semaines. Il n’y a plus rien dans l’appartement, nulle part où dormir ou s’asseoir, juste des nattes et une TV pour les enfants. Je vous défie de venir chez moi et y rester pour dix minutes. Mes amis disent qu’il y a un manque d’oxygène.

Depuis 2011, je n’ai pas revu mes parents, mes frères, ni mes sœurs. Depuis un an maintenant, je n’ai pas parlé à ceux qui sont restés en Syrie parce qu’il n’y a plus de connexion internet là-bas. Les rassemblements journaliers avec la famille me manquent, la culture de mon pays aussi.

Nous n’avons jamais pensé aller dans un autre pays parce que nous avons partout besoin de visas. Ma femme et certains de mes enfants n’ont même plus un passeport valable. On ne peut pas quitter la Mauritanie.

Je ne vois pas de futur ici et nous ne pouvons pas continuer à vivre ainsi. Mon rêve serait que mes enfants aillent dans une bonne école et ma femme puisse rester à la maison et prendre soin d’eux."

 

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