Souleyman

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Photo credit: IOM/Monica Chiriac

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"Mes frères doivent savoir que ce chemin est celui du sacrifice. Vous ne savez pas comment,mais il est probable que vous mouriez."
Souleyman
Pays Actuel: 
Niger
Pays d'origine: 
Gambie

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« Quand j'ai quitté la Gambie, à cause de la situation politique dans mon pays, c'était difficile de trouver du travail. Je ne pouvais pas me permettre de continuer mes études alors j'ai décidé d'aller en Europe, mais j’ai été malchanceux en chemin. J'avais été encouragé par mes amis qui avaient tous réussi à rejoindre l’Europe. Ca n’avait jamais été mon souhait. Arrivé à Agadez, j’avais déjà commencé à perdre tout espoir. 

Après presque deux mois sur le chemin de la Libye, je suis arrivé à Tripoli pour prendre un bateau et faire la traversée. Vers 22h, notre bateau est tombé en panne. Le bateau de sauvetage est venu nous ramener sur la côte, puis ils nous ont emmenés en prison à Griana. Nous étions plus de 100 personnes. Ils nous donnaient un pot de lait et un morceau de pain chaque jour à minuit comme seule nourriture. Tous les deux jours quelqu’un mourait. J'ai passé presque trois mois là-bas jusqu'à ce qu'ils décident de déplacer certaines des personnes dans une autre prison à Sabha. C’est seulement quatre mois après, quand ma famille a payé, que j’ai pu être libéré.

Après ma sortie, j'ai travaillé pendant quatre mois pour économiser assez d’argent et retourner à Tripoli. C'était ma deuxième chance d'aller en Europe. Nous avons passé presque un mois en transit à Tripoli jusqu'à ce que le temps soit suffisamment stable pour traverser. Sur notre chemin, le moteur s’est arrêté parce que l'essence s’était mélangée à de l'eau. Nous sommes restés bloqués en mer pendant quatre jours. Des pêcheurs nous ont capturés et nous ont amenés en prison à Zavia où je suis resté quatre mois.

Ils nous ont fait appeler nos familles pour demander de l'argent en échange de notre libération. Mes parents m'ont dit de revenir en Gambie dès ma libération. Mais certains de mes amis n'avaient même pas un numéro où contacter leurs familles. Ils pensaient qu'ils seraient en contact avec leurs familles une fois arrivés en Europe. Pour eux, aucune issue parce qu'ils n'avaient personne qui puisse payer pour eux. Vous ne payez pas, vous ne sortez pas.

La nourriture était un combat quotidien. Pour obtenir de la nourriture, vous avez besoin d'argent, et pour avoir de l'argent, vous devez travailler. Mais le travail est une affaire risquée. Sur le chemin du travail, ils peuvent vous voler ou même pire, vous tuer. Une fois, en rentrant chez nous au ghetto avec un ami, nous avons été attaqués. Ils l’ont abattu. Je l’ai ramené au ghetto et quelqu'un a réussi à emmener son corps à l’hôpital. Son corps est resté là une semaine avant qu’ils se décident à l'enterrer. Après avoir assisté à ses funérailles avec son frère cadet, j'ai appelé ses parents pour leur faire savoir ce qui s'était passé, et ils nous ont demandé de revenir.

Les choses que j'ai vues en Libye sont une leçon de vie précieuse pour moi. Les gens sont différents - certaines personnes deviennent folles à cause des choses qu’elles ont vécues en Libye. Je ne veux pas être une perte pour ma famille ou mon pays. Peut-être que je peux devenir quelqu'un une fois de retour, aider mon pays à se développer, mais je dois être en vie afin que cela se produise. Mes frères ont besoin de savoir que ce chemin est celui du sacrifice. Vous ne savez pas comment vous allez mourir, mais il est probable que cela se produise. Restez dans notre pays et nourrissez-vous de ce que nous avons. »

 

Souleyman a pu rentrer chez lui volontairement grâce à l'Initiative conjointe UE-OIM pour la Protection et Réintgration des Migrants financée par l'Union européenne et mise en oeuvre par l'OIM.

 

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