Licia

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"La musique ne discrimine pas. Elle se comprend partout. Il ne faut pas être le meilleur; il suffit que ce que tu fais parle aux autres."

"J'ai passé les premières années de ma vie entre la Suisse, le pays où je suis née et Haïti, le pays de mes parents. Nos allers et retours étaient rythmés par les changements politiques haïtiens. 

Mes parents se sont rencontrés en Suisse au début des années 80. Mon père, avait fui la dictature et avait trouvé refuge en Suisse, à Genève. Ma mère, quant à elle, avait bénéficié d’un programme de recrutement suisse d’infirmières haïtiennes. 

En Suisse, c'est assez courant que les parents étrangers parlent leur langue maternelle avec leurs enfants à la maison tout en s'assurant qu'ils apprennent bien le français et qu'ils soient bien intégrés. J’ai donc grandi avec le créole et le français à la maison.

La Suisse est mon pays, indubitablement. Mais l'absence de droit du sol ici change le rapport qu'on peut avoir avec le pays où l'on est né: jusqu'à ce que j'obtienne la nationalité à 14 ans, je n'étais pas "Suisse" à proprement parler. Je ne pouvais pas dire que je l'étais même si je le ressentais au plus profond de moi-même; Il me manquait...une carte d'identité.  

Bien que j'aie la nationalité suisse aujourd'hui, cette habitude de dire que j'étais Haïtienne pendant près de quinze ans fait que je dis désormais que je suis Suisse... et Haïtienne. hors de question pour moi de ne pas mentionner ce qui a été mon identité officielle pendant toutes ces années.

Cette double identité m'a appris à devenir un pont culturel entre des pays bien différents: j'ai toujours essayé de traduire culturellement les différences qui existent, d'expliquer à mes parents les habitudes suisses et à mes amis suisses, les habitudes haïtiennes. 

C'est tellement enrichissant de grandir dans une ville aussi internationale que Genève. Cette diversité ouvre les horizons, et éveille les jeunes à la diversité.

En grandissant à Genève, j'ai toujours entendu mon père me dire que bien que mes origines soient un atout, je n'en demeurais pas moins femme, de couleur qui plus est. Je n'avais pas la possibilité d'être "moyenne" dans ce que j'allais entreprendre. Tout ce que je devais faire devait être "mieux" que les autres, les locales. Si les recruteurs avaient le choix, ils choisiraient "l'autre".

Ce sentiment d'être en compétition permanente a forgé pendant des années mon caractère assez fort mais à un moment donné de ma vie, j'ai eu besoin de lâcher prise. 

J'ai trouvé une forme d'apaisement dans la musique. La musique ne discrimine pas. Elle se comprend partout. Tu n'as pas besoin d'être le meilleur, il suffit juste que ce que tu fais parle aux autres."

 

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photo credit: IOM/Amanda nero

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Licia
Pays Actuel: 
Suisse
Pays d'origine: 
Suisse

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