Ted

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"La peur et l'incompréhension sont dues au manque de communication. Il faut apprendre à poser les bonnes questions pour découvrir l'autre."

"Le 13 septembre 2001, j'étais en route pour la Suisse où je devais passer mon examen d'entrée à la Haute Ecole Spécialisée à Genève quelques jours après. Bloqué à l'aéroport de New York, j'étais persuadé que je n'allais jamais pouvoir partir à temps mais les autorités suisses ont accepté de me "rapatrier" en même temps que leurs nationaux. Quelques jours après, je réussissais l'examen.

En arrivant ici, j'ai tout de suite trouvé une grande ressemblance avec Haïti: les paysages surtout; Je me sentais chez moi. Bien sûr, il manquait quelques degrés au thermomètre mais tout était mieux organisé. Je m'y sentais bien. Jusqu'au jour où la bureaucratie m'a rattrapé: mon permis arrivait à expiration ce qui m'empêchait de trouver un stage pour valider mes études à HES mais j'avais besoin d'un stage pour renouveler être immatriculé l'Ecole et donc obtenir mon permis. J'étais dépité par la situation, prêt à repartir sur le champ et laisser derrière moi tous mes rêves et ambitions.

Cette période de doutes a été allégée par la musique. J'avais pris avec moi mon instrument sur lequel j'avais découvert la musique à l'âge de six ans. Jouer m'apaisait l'âme, me rendait nostalgique mais la musique m'éloignait de la dépression. La joie des autres me donnait l'impression de leur apporter le soleil, et me ramenait à la maison, en quelque sorte.

En plein Automne, alors que je marchais dans la rue et que le vent soufflait fort, un prospectus s'est collé à mon mollet: on offrait une formation en informatique. Pour une raison que j'ignore encore j'ai décidé de la suivre, convaincu que je rentrerai juste après en Haïti. Une fois inscrit, le directeur de la formation me dit qu'il cherchait des stagiaires... et voilà comment j'ai pu continuer mon rêve.

Cela fait 16 ans maintenant que je vis à Genève: j'y ai rencontré ma femme, une Suisse d'origine haïtienne, j'ai un enfant qui vit ici et je viens d'obtenir la nationalité Suisse.

Bien sûr, je reste toujours un Haïtien en Suisse et j'essaie de maintenir un lien fort avec mon pays d'origine. Mes parents sont des musiciens renommés là-bas (Boukman eksperyans) et je suis devenu leur producteur. Je continue aussi la musique et lie la musique traditionnelle haïtienne à mon environnement urbain. Je fais ce que j'aime appeler du Voodoo pop.

J'ai passé près de la moitié de ma vie en Suisse, et je n'ai pas l'impression qu'on m'ait regardé différemment. J'aime être différent mais je crois que ce regard plutôt bienveillant posé sur moi est dû au fait que je m'accepte comme je suis, je suis fier de qui je suis.

Ce que j'essaie d'enseigner aux jeunes, et notamment à mes enfants, c'est la nécessité de communiquer. La peur et l'incompréhension sont dues au manque de communication. Il faut apprendre à poser les bonnes questions pour découvrir l'autre. J'essaie de dire à mes enfants de ne pas poser la question "pourquoi?" "pourquoi tu dans ce pays, pourquoi tu es venu, etc." Ce qui est utile c'est le "comment" et ce qu'on peut faire maintenant, ensemble.

Mon rêve maintenant c'est de devenir un acteur du changement, par la musique notamment. Pour moi, la musique peut aider les gens à prendre conscience de leur pouvoir. Elle fait passer un message. Elle vibre. Elle fait vibrer. "

photo credit: IOM/muse mohammed

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#iamamigrant
Ted
Pays Actuel: 
Suisse
Pays d'origine: 
Haïti

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