Souleyman

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2,550 kmfrom home
#iamamigrant
"Si je rentre chez moi maintenant, ils penseront que je suis un lâche. Si je meurs, ils diront que je suis un héros."
Souleyman
Current Country: 
Niger
Country of Origin: 
Gambia

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« Ce qui se passe aujourd’hui le long de la route de la Méditerranée interpelle tout le monde. Il s’agit de milliers d’Africains, en particulier de jeunes migrants qui s’engagent dans le périlleux voyage migratoire. Il faut sauver leurs vies.

Je suis un migrant comme tous ces jeunes. Il y a quatre mois, si on m’avait dit que j’aurais vécu dans une situation si chaotique et si dangereuse, j’aurais répondu : “c’est de la folie !“. Cependant, il y a une explication à toute chose, que vous le sachiez ou non. Quand j’étais jeune, j’étais très ambitieux. J’avais des rêves - je voulais devenir “quelqu’un”. Lorsque mes parents ont divorcé, j’étais un enfant et du coup, je suis devenu un fardeau pour la famille. À ma sixième année à l’école, on m’obligea à abandonner les études pour aller travailler dans les champs afin que nous puissions assurer la subsistance de la famille, sinon je deviendrais un problème pour la famille. J’ai supplié mes parents de me laisser poursuivre mes études, malheureusement ils ont refusé. J’ai rencontré beaucoup de gens dont les talents ont été gâchés, car n’ayant pas eu les moyens de payer leurs études. En Afrique, les parents négligent les études, pas parce qu’ils ne s’en soucient pas, mais parce qu’elles coûtent une fortune.

Un jour, quelqu’un m’a dit qu’il partait en Europe, je lui en ai déconseillé, car c’est trop risqué. Un mois plus tard, il m’a appelé depuis l’Italie. Vous entendez toujours des histoires sur les personnes qui meurent, mais le nombre de personnes qui réussissent est plus important. Alors, j’ai envisagé de partir moi aussi… mais je n’avais pas l’argent requis pour payer le voyage, pas même après quatre années de travail dans la même entreprise. J’étais le soutien de ma famille et je payais les frais de scolarité de ma sœur. J’ai beaucoup de responsabilités qui m’attendent et je ne veux pas passer le reste de ma vie à faire le même boulot. Alors, lorsque j’ai eu 2000 euros d’économies, j’ai décidé de tenter ma chance.

J’étais content chaque fois que j’arrivais dans une ville, car cela montrait que je m’approchais de plus en plus de ma destination. Je n’étais pas habitué aux longs voyages en tant ressortissant de la Gambie, petit pays où l’on peut se déplacer d’un lieu à un autre en quelques minutes. Je n’imaginais pas que nous serions dans un tel pétrin. J’ai été trompé comme tous les autres migrants. À chaque poste de contrôle, ils m’ont demandé de l’argent sans jamais me donner un seul reçu ou justificatif de paiement. Le passeur que j’ai payé pour s’occuper de mon voyage ne répond plus à mes appels. J’ai perdu tout ce que j’avais. Qu’est-ce que je peux faire maintenant ? Pensez-vous que je peux aller à la police aujourd’hui ? Qui va me croire ? Je n’ai même pas de papiers.

Récemment, un homme est venu me proposer de m’accueillir dans ce ghetto. Il m’a indiqué dit qu’il y avait de la nourriture, notamment du riz à manger. J’ai accepté son assistance. Je vis dans cet endroit depuis trois mois. Nous sommes 60 personnes entassées dans quelques chambres insalubres. Nous nous entre-aidons ; nous nous encourageons mutuellement parce que nous avons tous le même objectif : rejoindre l’Europe. Il y a ici des informaticiens, des footballeurs, des chauffeurs, des couturiers, des psychologues, des médecins – chaque individu avec des compétences dans un domaine. Si nous parvenions à mettre en pratique nos compétences, cela pourrait beaucoup nous aider. Les passeurs ne disent jamais la vérité et ne cessent de reporter notre date de départ. Ils accusent le gouvernement, l’armée, et on n’y peut rien. Lorsqu’ils vous font confiance, ils vous envoient aux gares routières pour recruter des clients, et si la police vous attrape, vous partez seuls en prison. En fait, vous n’êtes qu’une victime ; une personne au mauvais endroit au mauvais moment. C’est pourquoi certaines personnes passent des années sur cette route. Ils ne vous disent pas ce qui se passe au cours du voyage. Ils vous disent seulement de vous méfier de la mer. J’ai vu des embarcations souvent secourues ; j’en ai vu aussi de petites dimensions surchargées de migrants.

Actuellement, j’ai peur de rentrer chez moi et j’ai également peur de poursuivre le voyage - je crains pour mon avenir de toute façon. Si je rentre chez moi maintenant, ils penseront que je suis un lâche. Si je meurs, ils diront que je suis un héros. Et, si je parviens à rejoindre l’Europe, tout le monde sera content.

Si je rentrais au pays, mes parents me blâmeraient. Certains diront : “Pourquoi tu me n’as pas donné l’argent ? J’aurais réussi à rejoindre l’Europe. Nous avons gaspillé tout cet argent pour toi”. Mes parents m’ont élevé afin que je puisse les aider, pas pour les décevoir. Mêmes les filles se moqueraient de moi parce que je n’ai pas été assez brave pour arriver à destination ; parce que j’ai eu peur de mourir ; que le voisin est arrivé en Italie et moi je n’ai pas pu le faire. Je serais déprimé, frustré, isolé et solitaire ».

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