Abdoulaye

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 Photo : Lucas Chandellier/OIM Guinée

2,383 kmfrom home
#iamamigrant
« Vraiment je veux dire à mes frères que la migration irrégulière ce n’est pas la solution »
Abdoulaye
Pays Actuel: 
Algérie
Pays d'origine: 
Guinéee

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Construire et reconstruire son futur en Guinée : un espoir et un défi pour les jeunes Guinéens de retour

Que ce soit au niveau social, psychosocial ou économique, des obstacles se dressent souvent face à la réinsertion des migrants de retour. L’histoire d’Abdoulaye illustre un défi que peuvent rencontrer les migrants de retour lors de leur réintégration : la pérennisation de leur affaire.

Depuis mai 2017, près de 70 000 migrants de retour ont été aidés au retour volontaire dans leur pays d’origine dans 13 pays du Sahel et du Lac Tchad par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans le cadre de l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants.

Abdoulaye, est rentré d’Algérie il y a un an. A son retour, avec onze autres migrants de retour, il démarre un élevage de poulets.

« Quand l’OIM nous a expliqué que nous allions bénéficier d’un projet de réintégration, j’ai tout de suite pensé à l’aviculture, et j’ai convaincu certains de me suivre dans ce projet,» explique Abdoulaye.

Il avait déjà pratiqué l’aviculture avant son départ mais c’est en Algérie qu’il s’est davantage familiarisé aux techniques que nécessite le métier. A son retour, il a souhaité s’investir plus d’une manière plus professionnelle dans cette activité.

« Je savais que ce n’était pas un travail facile mais on peut quand même gagner de l’argent. On a commencé il y a cinq mois avec 1 000 poussins ; dans un mois les poules commenceront à produire des œufs », dit Abdoulaye.

Mais il faut s’armer de patience. Après quelques mois, certains éleveurs également migrants de retour ont abandonné le projet.

« Nous étions douze au début, deux ont abandonné », relate Abdoulaye. « C’est dommage. Mais je comprends. Tout le monde n’est pas fait pour le travail de la ferme. Beaucoup d’entre nous ne sommes pas habitués à travailler comme ça ; en rentrant certains s’attendent juste à recevoir de l’argent », ajoute-t-il.

La ferme est située à Bawa, à une quarantaine de kilomètres de Conakry, dans une coopérative agricole qui fait la promotion de l’agriculture pour un développement durable. La ferme « Espoir Jeunes » — PJDD (Partenariat des jeunes pour le développement Durable en Guinée) propose une expertise technique et des terres aux jeunes qui veulent mettre en place une activité agricole.

À travers un partenariat avec l’OIM dans le cadre de l’Initiative conjointe, la structure accueille désormais des migrants de retour et les assiste à travers des formations techniques. La coopérative met également des terres à disposition des jeunes pour les projets.

« À part nous, il y a aussi d’autres migrants de retour au sein de la ferme, mais eux sont dans l’agriculture. Ils sont en train de récolter des pastèques. Je pense qu’ils sont une vingtaine. Nous sommes logés sur place et rentrons à Conakry les week-ends pour voir la famille », explique Abdoulaye.

« Ce qui est bien avec la ferme c’est que les techniciens sont avec nous et nous conseillent sur les étapes à suivre, ils nous encouragent également dans les moments difficiles. »

En plus du terrain et de l’expertise, les jeunes travaillent également avec des filières de distribution mises en place par la coopérative. Des associations de femmes viennent acheter directement les produits à la ferme pour les revendre ensuite à des marchands à Conakry.

Abdoulaye se plaint néanmoins parfois des conditions de vie au village qui peuvent être très dures. Actuellement, la pompe du forage à proximité du poulailler qui permet aux travailleurs d’avoir de l’eau est en panne et il faut parcourir une longue distance afin de puiser l’eau à un autre forage.

« Ici c’est loin de Conakry. On a longtemps cherché un réparateur et finalement un technicien est venu de Conakry pour réparer la pompe. Il est venu mais il n’avait pas la pièce pour la réparer, il est donc reparti à Conakry pour commander la pièce et la récupérer et tout cela prend du temps et pendant ce temps-là on part chercher l’eau assez loin. »

Le sourire revient sur le visage d’Abdoulaye quand il parle de l’avenir, il espère à son tour pouvoir un jour embaucher d’autres jeunes afin de leur montrer que c’est possible de réussir en Guinée.

« Vraiment je veux dire à mes frères que la migration irrégulière ce n’est pas la solution, et leur montrer qu’en travaillant dur on peut s’en sortir. Je veux pouvoir redonner aux jeunes ce qu’on m’a offert, je pense aux techniciens de la coopérative qui ont cru en nous, et à nos conseillers à l’OIM qui nous ont soutenus et encouragés dans les moments difficiles », conclut-il.

 

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