Mariam

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« Je voulais partir en France pour étudier. Par manque de moyens et de soutien, je n’ai pas pu le faire par la voie régulière, »
Mariam
Pays Actuel: 
Algérie
Pays d'origine: 
Guinéee

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Reconstruire une vie à partir de rêves brisés: l’histoire de Mariam

« Je voulais partir en France pour étudier. Par manque de moyens et de soutien, je n’ai pas pu le faire par la voie régulière, » explique Mariam Conté. « Des amies m’ont proposé de partir avec elles en passant par la Libye. Nous avons vendu le véhicule d’un oncle pour pouvoir payer nos frais de transport qui s’élevaient à 1 000 000 de francs CFA (1 500 euros) auprès d’un passeur Burkinabé, » ajoute-t-elle.

Fraichement diplômée en droit, Mariam revient sur son parcours et la nouvelle vie qu’elle a pu bâtir grâce à l’aide à la réintégration dont elle a bénéficié à travers l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants financée par le Fonds Fiduciaire d’Urgence de l’Union européenne pour l’Afrique.

Mariam quitte la Guinée en 2016 à la recherche d’un avenir meilleur avec l’espoir de pouvoir enfin réaliser son rêve de poursuivre ses études. Elle passe par l’Algérie et la Libye où elle subit les affres et les humiliations de la séquestration. Durant son voyage, Mariam a été victime de traite, principalement à des fins de prostitution et d’esclavage sexuel.

Seul témoin de cet épisode traumatisant, Lucas, un ours en peluche qui a accompagné Mariam durant tout son parcours, un confident dont elle ne se sépare jamais.

Elle obtiendra sa libération à un prix fort qui laisse des marques indélébiles sur son corps.

« J’ai demandé à la dame ce qu’il faut faire pour qu’on me libère de cet enfer. Elle m’a dit d’appeler mes parents pour qu’ils payent une rançon. Au téléphone avec ma mère, ils me rouaient de coups avec un fouet barbelé. Le lendemain, mes parents ont envoyé 600 000 francs CFA (900 euros) à mes ravisseurs », dit-elle.

Après sa libération, Mariam poursuit son voyage et espère rallier l’Europe en passant pas la Libye. Mais elle ignore encore son état.

« Je ne savais pas que j’étais enceinte. C’est la rencontre avec une autre femme libyenne qui m’a fait réaliser cela. Elle a demandé d’attendre mon accouchement pour continuer mon voyage, » explique Mariam. « Quatre mois plus tard, lors d’une bousculade, j’ai eu un choc qui a précipité mon accouchement d’un garçon. Ils m’ont dit que l’enfant était mort-né, mais je ne sais pas si c’est vrai ou non, » dit-elle, abattue.

Moralement et physiquement épuisée, et à court d’argent, Mariam décide de rentrer en Guinée. Elle contacte son beau-frère qui l’aide à réunir suffisamment d’argent pour financer son retour. Son chauffeur l’abandonne en plein désert et Mariam perd connaissance et se retrouve à l’hôpital, en Libye, grâce à un secours porté par une patrouille de l’armée française.

Au cours de son hospitalisation, elle rencontre l’ambassadeur de la Guinée qui lui parle de l’aide au retour volontaire de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

En septembre 2017, Mariam rentre en Guinée grâce à l’Initiative conjointe.

A son retour, elle doit affronter au quotidien le regard et le rejet de la société, y compris ceux de sa famille qui la considère comme « un échec ».

« Quand je suis rentrée, j’avais constamment peur et j’étais renfermée à cause du comportement de mes proches et amies qui me traitaient “de reste des arabes, de dévergondée, de honte”, » raconte Mariam.

Pour surmonter cette épreuve, Mariam bénéficie d’un soutien psychosocial de l’OIM. Elle se souvient encore des nombreuses séances.

« J’ai eu plusieurs séances avec les spécialistes l’OIM qui m’ont écouté, appris à me confier, à extérioriser ce sentiment d’échec qui me tuait à petit feu. C’est cette assistance psychosociale qui m’a permis de me reconstruire, de croire en moi, de surmonter mes peurs et de partager mon histoire avec d’autres personnes, » explique Mariam.

Mariam porte encore les cicatrices de son voyage, mais elle ne reste pas muette ! Volontaire de l’OIM dans le cadre du programme Migrants as Messengers (« migrants comme messagers » ou MaM), elle utilise sa voix et son expérience pour sensibiliser les Guinéens sur les risques de la migration irrégulière.

« Avec le projet MaM, j’ai fait le tour de 137 quartiers de Conakry pour véhiculer un message de sensibilisation. Je passe sur des plateaux télé, dans des émissions radios pour partager mon expérience. Je produis également des vidéos que je publie sur les réseaux sociaux. J’ai pu regagner le respect et la confiance de mes proches grâce à tout ceci, » dit-elle.

Ayant choisi de poursuivre ses études en droit dans le cadre de sa réintégration, elle a aujourd’hui sa licence en droit, à 22 ans.

« J’ai choisi comme projet de réintégration la reprise de mes études universitaires. C’est ainsi que l’OIM a payé mes frais de scolarité et ils ont aussi mis un ordinateur portable à ma disposition pour faciliter mon apprentissage et mes recherches, » dit Mariam.

Aujourd’hui Mariam rêve d’intégrer l’OIM pour continuer d’apporter son aide aux survivants de traite.

« Après l’obtention de mon diplôme, je suis allée le présenter à la Cheffe de mission de l’OIM qui a été d’un grand soutien depuis mon retour. Je lui ai fait part de mon envie de faire un stage à l’OIM au sein de l’unité protection pour apporter mon aide aux personnes vulnérables. Elle m’a encouragée à soumettre mon dossier, ce que j’ai immédiatement fait. Si j’en suis là aujourd’hui, c’est grâce au soutien psychosocial qui m’a été fourni, alors je veux en retour l’apporter aux autres, être à leur écoute, » conclut-elle.

Cette aide a été possible grâce à l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants à travers le Fonds fiduciaire d’urgence de l’Union européenne pour l’Afrique. Depuis 2017, plus de 15 000 Guinéens ont bénéficié de l’aide au retour et à la réintégration à travers cette Initiative.

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