Malik

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Photo: Eric Djimtoloum 

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#iamamigrant
« La chose qui m’a vraiment touché, c’est la générosité des Tchadiens. En Afrique, nous sommes solidaires et sociables »
Malik
Occupation: 
Student
Pays Actuel: 
Tchad
Pays d'origine: 
Centrafricaine, République

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UNE NOUVELLE VIE AU TCHAD 

Malik, 24 ans, vient de décrocher sa licence en sciences de gestion à l’Université privée Emi Koussi à N’Djaména. Il est arrivé au Tchad en janvier 2014 après avoir fui la crise en République centrafricaine.  

En 2013, quand il a obtenu son baccalauréat, il ne s’attendait pas à quitter son pays dans des circonstances aussi tragiques. Du jour au lendemain, son quartier a été envahi par des milices et sa maison a été complètement détruite. Il a décidé de fuir ; il devait à tout prix sauver sa vie. 

« Je me suis présenté devant les ambassades d’autres pays présentes à Bangui, qui commençaient déjà à aider leurs ressortissants. Cependant, elles m’ont rejeté. J’ai passé deux jours à l’aéroport où j’ai rencontré des Centrafricains qui y avaient passé des semaines, car ils ne pouvaient pas rentrer chez eux. Le deuxième jour, je me suis présenté devant la zone d’enregistrement des Tchadiens qui rentraient chez eux, et par miracle la personne qui faisait les interrogatoires m’a observé pendant quelques minutes et a demandé à ses collègues de me laisser passer en même temps que d’autres jeunes, puisqu’il y avait beaucoup d’étudiants. C’est ainsi que j’ai embarqué pour N’Djaména. Mais déjà, plusieurs questions me taraudaient l’esprit : Que vais-je faire une fois sur place ? Où vais-je dormir et manger? »

Arrivés à N’Djaména, nous avons été conduits dans un centre social où j’ai passé trois mois. J’ai ensuite été transféré au camp de réfugiés de Gaoui [nord-est de N’Djamena] avec un groupe de personnes, car il n’y avait plus de place dans le centre et nous devions absolument trouver un autre logement. La vie était vraiment très dure dans le camp. 

Nous étions une dizaine à dormir dans une petite tente, et les cas de vol étaient fréquents. Ne pouvant plus supporter cette situation, sept autres amis et moi avons quitté le camp pour retourner au centre social qui nous avait initialement accueillis. Nous avons rencontré une équipe du HCR qui enregistrait les réfugiés. Là encore, c’était un autre défi.

Il fallait soit parler la langue Sango [langue officielle de la République centrafricaine], soit présenter des papiers qui attestent que nous sommes centrafricains. Après avoir passé cette étape d’enregistrement, j’ai été à nouveau envoyé dans un autre centre social avant d’être conduit dans un camp de réfugiés à Goré. Même si l’ambiance y était cordiale, ma famille me manquait, surtout lorsque j’ai appris que ma mère avait été assassinée par des milices, et que ma sœur et mon cousin étaient portés disparus. C’était en 2015. Mais je ne me suis pas laissé abattre ; il fallait que je reconstruise ma vie. 

Quelque temps plus tard, une organisation dénommée « DAFI » proposait des bourses aux étudiants qui logeaient au camp de Goré. J’ai postulé pour la bourse. Six places étaient disponibles pour plus de 80 étudiants de différents niveaux. Après plusieurs tests, j’ai obtenu une bourse et je me suis inscrit à l’université de Moundou au département de comptabilité et finances avec d’autres amis. Ce n’était pas facile, car nous étions en retard sur le cursus académique, il fallait rattraper les cours et en même temps préparer les examens. En plus, il y avait souvent des grèves, mais j’ai tout de même pu décrocher une licence en comptabilité et finance. 

Je vivais avec un très bon ami en internat à l’université. Cet ami est décédé un jour, des suites d’une maladie, alors qu’il avait décidé de retourner au camp de Goré pour passer les fêtes de fin d’années avec ses parents. C’était un coup dur pour moi, j’étais démoralisé. En quatre ans, beaucoup d’entre nous avaient abandonné les cours. J’avais vraiment besoin de finir mes études et comme je bénéficiais encore de la bourse, je me suis inscrit à l’université Emi-Koussi pour une licence en sciences de gestion. Je viens d’obtenir mon diplôme et j’ai postulé dans plusieurs entreprises et organisations juste pour un stage, mais je n’ai à ce jour pas encore de réponse. »

La chose qui m’a vraiment touché, c’est la générosité des Tchadiens. En Afrique, nous sommes solidaires et sociables. Dans tous les centres et camps où je suis passé, j’ai rencontré des personnes magnifiques qui nous apportaient à manger. Parfois, au marché, quand les commerçants s’apercevaient que nous étions des réfugiés, ils nous donnaient certains articles gratuitement. Le Tchad c’est ma destinée. Les événements qui se sont déroulés en Centrafrique ont fait fuir beaucoup de jeunes vers l’Europe, certains croyaient trouver mieux. Je ne peux pas les juger, mais moi je crois en l’Afrique. Il suffit juste d’un peu de stabilité, de paix et d’opportunités d’emploi pour limiter la fuite des compétences vers l’Europe. J’espère seulement trouver un petit boulot pour subvenir à mes besoins et si possible apporter ma pierre à la construction du Tchad. Je ne pense pas retourner en Centrafrique parce que les miens m’ont rejeté. Des milices criaient dans les quartiers “rentrez chez vous” en parlant des musulmans. Pour moi, c’est une grâce de vivre au Tchad et je serai toujours redevable envers ce pays. » 

Cette histoire fait partie de la série "AU DELÀ DES GROS TITRES" :  un aperçu de la migration au Tchad".

 

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