Houseinatou

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Mohamed Diabaté 

4,513 kmfrom home
#iamamigrant
« Je gagne plus que ce que je gagnais avant mon voyage et je suis fière de le dire aux personnes qui se moquaient ».
Houseinatou
Occupation: 
Couturière
Pays Actuel: 
Côte D'ivoire
Pays d'origine: 
Maroc

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En 2019, Houseinatou Traoré, 23 ans, rentre en Côte d’Ivoire après un long séjour au Maroc, où elle est arrivée fin 2016. A son retour, elle bénéficie d’un soutien matériel de la part de l’OIM pour faciliter le démarrage de son activité. Aujourd’hui, Traoré gère un atelier de couture à Abobo et emploie deux personnes. Elle raconte.

« Avant mon départ, je faisais déjà de la couture. Je me débrouillais pas mal jusqu’à ce qu’une fille vienne me trouver pour me proposer d’aller en Europe via le Maroc. Elle m’a dit que je pourrais vendre pour 10 000 francs là-bas des modèles vendus ici à 4 000 francs. C’est ce qui a motivé mon départ.

J’avais économisé 1 500 000 francs. J’ai utilisé 400 000 francs pour le billet mais une fois arrivée sur place, je n’avais même pas assez d’argent pour prendre le bateau donc je suis restée bloquée là-bas. La vie était difficile. J’ai vécu pendant presque deux ans dans la forêt près de la frontière avec l’Espagne. J’y suis tombée enceinte. Le père de mon enfant a dû demander de l’argent à sa mère pour la traversée : on nous avait demandé 3 500 000 pour nous deux. La première fois, on s’est fait arrêter par la marine marocaine. La deuxième fois, j’étais enceinte de huit mois. Le bateau s’est renversé et j’ai cru que j’allais mourir. On était 55 et seulement 15 ont survécu. On n’a même pas retrouvé les corps… Le père de mon enfant y est resté donc j’ai décidé d’arrêter de tenter la traversée et je me suis rendue à Rabat pour accoucher. J’y ai passé plusieurs mois pendant lesquels j’ai dû mendier pour manger. J’ai cherché du travail mais je n’ai pas trouvé donc j’ai décidé de rentrer.

Quand je suis revenue en Côte d’Ivoire, les gens se moquaient tellement que je suis repartie pour le Mali dix jours après. J’y ai passé un mois avant de revenir. »

« Quelques mois après mon retour, j’ai reçu le matériel nécessaire au démarrage de mon activité. Ça m’a permis de bien me relancer, même si j’ai pris deux années de retard et que des couturières avec lesquelles je travaillais avant de partir ont évolué sans moi. Maintenant, je me sens bien, et même bien mieux que ce que j’aurais pu imaginer en revenant. Je gagne plus que ce que je gagnais avant mon voyage et je suis fière de le dire aux personnes qui se moquaient. J’ai même plusieurs clients à Angré et une cliente française qui a passé une commande de 50 tenues pour enfants.

Aujourd’hui, je peux bien prendre soin de ma grand-mère, de ma fille et de moi. D’ici deux ans, j’aimerais agrandir ce coin et ouvrir une deuxième boutique. A ceux qui souhaitent partir : tu vas mettre ta vie en retard. Rien n’est sûr : tu risques de rester bloqué des mois voire des années au Maroc avant de pouvoir essayer de traverser. Et c’est l’enfer là-bas. Si nous avions su, nous ne serions pas partis »

Cette histoire fait partie de la série MIGRANTS DE RETOUR " Histoires de Côte d ’Ivoire - édition 2020 "

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