JEAN-MICHEL

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Mohamed Diabaté 

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#iamamigrant
« Le bonheur que nous cherchons peut être ici, nous partons sûrement le chercher trop loin. »
JEAN-MICHEL
Pays Actuel: 
Côte D'ivoire
Pays d'origine: 
Côte D'ivoire

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En février 2017, Jean-Michel Koui Maloto a quitté la Côte d’Ivoire pour le Maroc d’où il est rentré en octobre 2019. A son retour, il a suivi une formation en BTP mines et carrières dispensée pendant trois mois par la Société Ivoirienne de Technologies Modernes (SITM). A l’issue de la formation, il a obtenu un stage au sein de l’entreprise Endeavor Mining avant d’être employé par la Société des Mines d’Ity à Zouan Hounien où il est aujourd’hui opérateur de bulldozers et de pelles hydrauliques.

« Je suis un aventurier de retour au pays. Ça n’a pas été facile de quitter ma famille pour aller me chercher ailleurs. Mais par la grâce de Dieu, je suis aujourd’hui sain et sauf. Si je suis parti, c’est parce que je voyais bien que si la situation ne changeait pas, je n’allais rien devenir. Je ne savais pas comment faire pour nourrir mes enfants et ma femme. Je me suis dit qu’en rejoignant l’Europe, j’aurais plus de moyens pour m’occuper d’eux. J’ai donc pris la route pour le Maroc dans l’espoir de pouvoir atteindre la France ensuite. On m’a dit que je n’y passerais que quelques jours avant de pouvoir traverser mais ce n’est pas ce qui s’est passé. J’ai dépensé beaucoup l’argent pour pouvoir avoir une chance de traverser mais on me disait constamment d’attendre. J’ai fini par épuiser toutes mes économies.

Certaines personnes m’ont traité de lâche à mon retour mais ces personnes ne savent pas ce que j’ai vécu là-bas. Aujourd’hui, je ne me plains pas et je suis même fier de moi parce que quand je suis parti, je n’avais pas tout ça. Ce que j’ai aujourd’hui, ça me suffit largement. En plus, je suis de nouveau auprès de ma famille donc je suis épanoui ! Quand tu es ici, tu es convaincu de ne pas avoir assez. Mais quand tu laisses tout pour partir, tu te rends compte que tu étais bien avec ta famille et ta maison. Il ne faut pas être trop gourmand : en voulant trop gagner, on finit par perdre.

Ça faisait longtemps que je voulais mettre les pieds dans cette grande mine. Et aujourd’hui et depuis qu’ils ont sollicité des personnes pour conduire des engins nécessaires à l’extraction de l’or, je suis ici ! Je manœuvre deux machines pour extraire les minerais qui seront ensuite envoyés à l’usine. C’est un privilège, les gens respectent ça. En plus je suis polyvalent parce que pendant la formation, on vous apprend tout : l’éducation morale, la sécurité, le sauvetage, la conduite des engins. C’est vraiment un métier que je n’aurais jamais imaginé exercer dans la vie ! »

« Dans 5 ans, je me vois toujours ici, mais plutôt en tant que superviseur. Je me vois grand, peut-être avec un business. Je pourrais louer des machines à la mine par exemple. En tant que migrant de retour, je pense que je peux apporter beaucoup à mon pays à travers les expériences que j’ai vécues. Ici, des jeunes qui veulent partir viennent vers moi parce qu’ils savent que je suis parti à l’aventure. Je leur explique que les ressources qu’ils veulent dépenser pour effectuer ce voyage pourraient être investies ici, et qu’ils seraient mieux auprès de leur famille. Je pense que si je conseille 1, 2 ou 20 Ivoiriens avec des bras valides de rester travailler ici, j’aurais déjà fait beaucoup pour ma nation.

Le bonheur que nous cherchons peut être ici, nous partons sûrement le chercher trop loin. Il suffit d’avoir la foi et la volonté de travailler pour avoir ce que l’on veut ici. Et je sais de quoi je parle. »

Cette histoire fait partie de la série MIGRANTS DE RETOUR " Histoires de Côte d ’Ivoire - édition 2020 "

 

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