Ebou

Primary tabs

813 kmfrom home
#eutf
#iamamigrant
Avant même que nous nous en rendions compte, les passeurs sont vite devenus nos trafiquants.
Ebou
Pays d'origine: 
Sénégal

Partagez ce témoignage:

Abandonné et exploité, un survivant de traite partage son histoire qui s’étend sur plusieurs années et plusieurs pays

Ebou* a quitté le Sénégal alors qu’il était enfant, en 2009, pour se rendre en Mauritanie dans le but de rejoindre une tante à qui il a été confié. Après un calvaire qui s’est poursuivi pendant 10 ans en passant par des routes migratoires irrégulières, il a finalement décidé de retourner en Mauritanie à l’âge adulte. 
Je n’ai jamais connu mes vrais parents pendant mon enfance au Sénégal. Lorsque je suis arrivé en Mauritanie, la tante à qui j’ai été confié m’a accueilli et protégé. Après son décès, ma vie a basculé. Confié à un tuteur, j’ai rapidement été maltraité avant d’être jeté à la rue à l’âge de onze ans. 
Au cours des années suivantes, j’ai trouvé refuge dans une école coranique. Contraint de mendier sous peine de châtiment corporel, j’ai été obligé de verser 500 CFA (environ 0,76 euros) par jour à mon marabout. 
En 2010, je me suis retrouvé à Nouadhibou, au nord de la Mauritanie, pour tenter un premier passage au Maroc. J’avais alors 15 ans. Mes passeurs m’avaient réclamé 20.000 MRU (environ 470 euros) pour l’achat de la pirogue et du moteur.
Abandonné par le passeur une fois arrivé au Maroc, le groupe de 50 migrants qui partageait mon voyage a été intercepté par les autorités marocaines. Nous avons été battus puis expulsés. De la frontière située près de Nouadhibou, on a été renvoyé par les autorités mauritaniennes à la frontière mauritano-sénégalaise, à Rosso. 
J’ai travaillé au Sénégal quelques temps avant de rencontrer des personnes qui m’ont parlé d’une route possible vers la Libye en passant par la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Niger. Arrivé à Niamey, j’ai rencontré des passeurs qui devaient m’emmener en Algérie, mais peu après le départ, la voiture a été attaquée. Nous avons été battus, rackettés et contraints d’appeler nos familles pour obtenir une rançon. Avant même que nous nous en rendions compte, les passeurs sont vite devenus nos trafiquants.
Avec beaucoup de chance, j’ai réussi à m’échapper et à m’enfuir. Je suis resté en Côte d’Ivoire pendant un certain temps, avant de décider de retourner en Mauritanie. 
J’ai finalement été régularisé en Mauritanie et j’ai même pu obtenir la nationalité. Je travaille actuellement comme frigoriste entre Nouakchott et Nouadhibou. Souhaitant me perfectionner par le biais d’une formation professionnelle, j’aimerais tenter à nouveau de partir un jour en Europe, cette fois-ci de manière légale. 

*Le nom a été changé pour préserver l’identité de la personne. 

Previous Country of Residence: 
Mauritanie

 

https://together.un.org            http://usaim.org/            https://sustainabledevelopment.un.org