Alseny

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Photo : Aissata Fofana

3,458 kmfrom home
#iamamigrant
« Durant tout mon séjour en Afrique du Nord, j’ai vu et vécu des choses immondes, indescriptibles. »
Alseny
Occupation: 
tailor
Pays Actuel: 
Guinéee
Pays d'origine: 
Libye

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Sous un soleil de plomb, Alseny Bangoura, natif de Kindia, 26 ans, les dreadlocks emmêlées sur la tête et le sourire aux lèvres attend sereinement sur le bord de la route l’équipe OIM venue à la rencontre de son groupement d’intérêt economique (un regroupement de personnes physiques ayant des activités économiques à but non lucratif). Assis derrière sa machine, leur maître tailleur coud une chemise pour une cliente en jetant de temps à autre des regards furtifs à ses amis, qui eux discutent calmement de leur quotidien et de la diminution du nombre de commande.

D’un air renfrogné, la voix vaguement empreinte de mélancolie, Alseny nous retrace son périple.

Enfant, l’esprit d’Alseny est très tôt envahi par « l’Eldorado européen ». Alors que son imagination est façonnée par les images des pays européens véhiculées à la télévision, son désir de voyager est renforcé par la situation difficile de sa famille.

« A 11 ans, j’ai perdu ma maman », Alseny raconte. Cette disparition traumatisa la famille, et plongea Alseny dans le désespoir.

Le 15 février 2014, il se lance en toute discrétion dans un voyage vers une destination incertaine en quête d’une vie meilleure. Il avait alors 24 ans. Pour financer son voyage, il dérobe de l’argent à sa sœur, un acte dont il parle aujourd’hui avec de la honte : « J’ai déçu, trahi la confiance de ma sœur et mon comportement lui a valu de nombreuses railleries ; chose que je regrette énormément. »

Malgré ses nombreuses préoccupations sur les conditions de voyage, Alseny était déterminé à réaliser son rêve d’enfant. Son voyage le mène en Tunisie, en Algérie puis en Libye, où il se fera arrêter.

« Durant tout mon séjour en Afrique du Nord, j’ai vu et vécu des choses immondes, indescriptibles. Des êtres humains entassés dans des prisons comme du bétail, d’autres maltraités ou vendus comme des esclaves. Ils nous servaient un seul repas par jour dans un minuscule bol pour plus d’une dizaine de personne ; là-bas, c’est l’enfer sur terre, » raconte-t-il.
« Je priais constamment Dieu afin qu’Il me sorte de là. Chaque jour, mes espoirs s’amenuisaient un peu plus ; j’étais totalement désespéré », ajoute-t-il.

Après trois mois dans les geôles libyennes, Alseny sera contraint de contacter sa sœur pour qu’elle verse un montant de 3 500 dinars (2500 USD) à ses geôliers pour sa libération ; libération qui interviendra 12 semaines après réception du montant. Déboussolé, sans aucun moyen financier, il pratiquera plusieurs activités lui permettant de subvenir à ses besoins le temps de rentrer. Pour Alseny, c’était la fin de l’aventure. 

Avec l’aide de l’OIM, et par le biais de l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants, Alseny décide de rentrer en Guinée en Septembre 2017. Après son arrivée, il participe à une formation en création d’entreprise et développement de projet. C’est après cette formation que l’idée d’ouvrir un atelier de couture lui est venue, mais n’ayant pas les compétences requises, il fera appel à l’un de ses amis, lui aussi migrant de retour, qui était tailleur avant d’immigrer.

« Je voulais ouvrir un atelier, faire quelque chose de sérieux puisque j’ai abandonné l’école. Mais je ne savais pas coudre ; c’est alors que je me suis tourné vers mon ami qui est lui un excellent couturier et ensemble, nous avons créé notre groupement (composé de six migrants de retour et de trois jeunes de la communauté) le 1er mars 2019. »

Malgré les nombreux efforts fournis par Alseny, les premiers mois de son retour ont été éprouvants, entre les blâmes de ses pairs qui lui reprochaient de ne pas être allé « jusqu’au bout », et certains membres de sa famille qui peinaient à lui pardonner d’avoir volé de l’argent à sa sœur.

Avec l’aide de son grand frère et de sa famille, Alseny a pu surmonter le préjudice social qui l’a accueilli à son retour.

« Je sais qu’un jour, ils me pardonneront ; ce n’est qu’une question de temps. De mon côté, je ferais de mon mieux pour mériter leur pardon quand le moment sera venu. Je leur prouverai que je suis plus mature qu’avant. »

Depuis avril 2017, plus de 13 000 guinéens bloqués en Libye et au Niger ont bénéficié d’une aide au retour volontaire dans la cadre de l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration. Parmi eux, 4340 ont reçu une aide à la réintégration.

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