Kojo

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Bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre de l’OIM.

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« Je suis heureux d’être de retour. Je suis un peu déçu, mais je suis vivant et c’est le plus important, après tout »
Kojo
Pays Actuel: 
Libye
Pays d'origine: 
Ghana

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Dans les yeux de Kojo : les aspirations d’un jeune migrant ghanéen

« Bienvenue mon frère ! Content de te revoir ! J’espère que le voyage s’est bien passé ? »

C’est ainsi que j’ai accueilli Kojo à l’aéroport international de Kotoka, à Accra, le 27 juillet 2017. Âgé de 24 ans, il venait de rentrer de Libye au Ghana à bord d’un vol charter organisé par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Il avait l’air épuisé et perdu. Toutefois, on pouvait lire dans ses yeux un sentiment de soulagement.

Je travaille comme responsable de projet à l’OIM Ghana. Peu après l’avoir accueilli, j’ai entamé le processus d’enregistrement avec Kojo. Je lui ai posé une série de questions : « D’où viens-tu ? » « Que faisais-tu avant de quitter le Ghana ? » « Y a-t-il des membres de ta famille que nous devrions contacter ? » Ensuite, je lui ai remis l’argent de poche qu’on lui avait octroyé. Un sourire s’étira sur son visage.

« Je suis heureux d’être de retour. Je suis un peu déçu, mais je suis vivant et c’est le plus important, après tout »

 

Notre conversation a duré un peu plus longtemps. Il y avait 137 autres personnes arrivées par le même vol charter — le premier organisé par l’OIM entre la Libye et le Ghana. Le personnel de l’OIM devrait passer toute la nuit à s’occuper des procédures d’enregistrement et d’identification. Alors, Kojo et moi avons convenu de nous reparler dès que possible.

Quelques jours plus tard, nous nous sommes rencontrés dans les locaux de l’OIM à Accra pour reprendre notre discussion. Kojo, comme la plupart des jeunes Ghanéens que nous avons accueillis cette nuit de juillet 2017, est un jeune bien portant, plein d’énergie et d’ambitions pour sa famille. Il est originaire de la région de Brong Ahafo du Ghana, en zone rurale, où les jeunes sont en proie au manque d’opportunités économiques durables. Pour Kojo, la pauvreté se transmet de génération en génération et ses espoirs de changement et d’un avenir meilleur pour sa famille se sont dissipés depuis longtemps.

Il a fallu près d’un an à Kojo pour épargner 500 dollars, un « montant suffisant » pour envisager le départ vers la Libye en 2015. Il a obtenu cette somme grâce aux récoltes de sa ferme de maïs ainsi qu’au soutien de sa sœur et de son beau-frère qui espéraient un retour de leur investissement une fois Kojo serait en Europe — même si cela prendrait des décennies.

Les transferts d’argent réguliers peuvent représenter à la fois une source de revenus et un filet de sécurité pour les familles au Ghana. L’idée qu’un autre membre de la famille puisse être aidé à voyager à l’étranger par un parent qui s’en est sorti est également un facteur de motivation pour certains. Ainsi, les familles souscrivent au soutien collectif à la migration.

Au début, Kojo voulait se rendre en Allemagne où vit son ami et non Libye. « J’aurais préféré utiliser des moyens légaux, mais c’est assez difficile d’entrer en Europe. On m’a dit que la seule façon d’y entrer, c’est par la voie irrégulière », explique Kojo.

« C’était un voyage risqué de ma part », a-t-il poursuivi. « J’avais beaucoup entendu parler des dangers auxquels les gens font face — certains perdent la vie. Cependant, je n’ai pas été découragé. J’étais déterminé à aller en Europe pour survenir aux besoins de ma famille. J’aurais aimé recevoir de bons conseils parce que, bien que j’aie pris le risque, j’ai dû abandonner au milieu du désert. Je [regrette] cela ».

Avant de partir, Kojo aspirait à beaucoup de choses, y compris une formation en génie logiciel, mais il ne pouvait pas y accéder faute de moyens. Maintenant, il veut réaliser ce rêve.

« Après avoir obtenu un certificat en électronique, je me suis inscrit au plus haut diplôme [programme] national pour me perfectionner », a déclaré Kojo, décrivant ses études avant qu’il ne décide de quitter le Ghana. « J’ai dû abandonner pour des raisons financières. Je voulais devenir ingénieur. Si les choses s’étaient déroulées comme prévu, j’aurais poursuivi cet objectif. Mais tout n’est pas perdu — je suis revenu avec beaucoup d’idées brillantes que je peux mettre en œuvre ».

Kojo fait face à la stigmatisation et à la marginalisation de ses amis et de ses proches parents depuis son retour au Ghana. Toutefois, il refuse d’être considéré comme un « raté », avec la conviction qu’il atteindra les nouveaux objectifs qu’il s’est fixés.

« Je n’ai pas eu le soutien des membres de ma famille depuis mon arrivée. Ils me considèrent comme un échec, mais je refuse d’être étiqueté comme tel. J’ai la ferme volonté de réussir. Je ne pense plus à la migration. Je pense au succès dans mon pays — je suis motivé pour y parvenir », a-t-il ajouté.

Kojo bénéficie actuellement d’une aide pour la création d’un atelier électrique dans le cadre de l’Initiative conjointe UE-OIM. Cette activité, croit-il, l’aidera à obtenir, grâce à l’épargne, les fonds nécessaires pour poursuivre ses études et atteindre ses objectifs de carrière.

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