Temple run

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 Bureau régional de l’OIM en Afrique de l’Ouest et du Centre.

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« Ils demandent aux jeunes désespérés de payer de grosses sommes d’argent en échange d’un voyage à la quête de meilleures conditions de vie
Temple run
Pays Actuel: 
Libye
Pays d'origine: 
Sierra Leone

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Course à la vie : la sensibilisation pour soutenir les survivants de la traite en Sierra Leone

Chaque année, des milliers de jeunes Sierra-Léonais défient le « temple run » pour échapper à la pauvreté et au sous-emploi chronique. Ils ont recours aux services « d’agents » sans scrupule qui les obligent à payer beaucoup d’argent pour de fausses opportunités d’emploi ou d’étude à l’étranger. Inspiré du fameux jeu vidéo, le terme « temple run » (course au temple) décrit le voyage risqué des jeunes Sierra-Léonais — au cours duquel certains sont victimes de la traite — à travers le désert et en mer. Dans ce jeu, il s’agit d’une course sans fin, le joueur défiant divers obstacles pour échapper aux singes qui le poursuivent. Bien évidemment, la course ne s’achève jamais — sauf à la mort. Durant le parcours, le joueur peut collecter des pièces d’or, s’il parvient à échapper aux singes.

En 2015, Mariam gérait un hôtel à Freetown, la capitale très animée de la Sierra Leone. Elle gagnait 600 000 leones par mois, environ 100 USD à l’époque, une somme à peine suffisante pour subvenir à ses besoins et à ceux de son fils.

Un jour, un ami lui a parlé de « quelqu’un qui pourrait [lui] offrir un bon travail à l’étranger ».

« À l’époque, j’ignorais les méthodes utilisées par les trafiquants », dit-elle. « Ils demandent aux jeunes désespérés de payer de grosses sommes d’argent en échange d’un simple voyage aller à la quête de meilleures conditions de vie », a-t-elle ajouté.

Quand l’occasion de quitter la Sierra Leone s’est présentée, Mariam l’a saisie.

Cependant, pour payer son voyage, elle a dû contracter un prêt de 2 500 USD auprès d’une institution de microfinance. Elle a remis la totalité de la somme à « l’agent » qui a promis de l’emmener en Australie.

Elle espérait travailler pendant un certain temps, puis revenir en Sierra Leone et retourner avec son fils afin qu’ils puissent vivre ensemble en Australie.

Plus tard, Mariam s’est rendu compte qu’elle avait été trompée et vendue à une famille au Koweït.

Au Koweït, elle a travaillé sans salaire pendant neuf mois avant d’être revendue à une autre famille où son « maître » a tenté de la violer plusieurs reprises.

Par la suite, elle s’est enfuie et a demandé l’aide de l’ambassade de Sierra Leone qui l’a aidée à rentrer dans son pays d’origine.

Quatre ans plus tard, Mariam, âgée de 33 ans, est de retour en Sierra Leone. En tant que l’une des sept membres du personnel de sensibilisation du « Freetown-based Advocacy Network against Irregular Migration » (ANAIM), elle a partagé son histoire avec de nombreux Sierra-Léonais pour les sensibiliser sur les risques de tomber entre les mains de trafiquants sans scrupule.

Pour elle, partager certains des moments les plus difficiles de sa vie avec ses pairs est une forme de thérapie.

« Même si c’est parfois difficile, chaque fois que je pense à mon expérience, je veux la partager avec mes compatriotes qui pourraient être tentés par le ‘temple run’ », dit Mariam.

Une question complexe et préoccupante

En dehors du rapport annuel du US Office to Monitor and Combat Trafficking in Persons, il existe peu de données sur les pratiques de traite des personnes en Sierra Leone.

Il est souvent difficile d’obtenir des preuves de cette pratique en raison de la honte et de la stigmatisation auxquelles sont confrontées les survivant.es, en particulier les femmes, ainsi que de la difficulté d’aborder un sujet si sensible.

Les cas signalés ne font guère l’objet de poursuites, car les victimes doivent souvent quitter de zones reculées et se rendre à la capitale pour témoigner à leurs propres frais. Curieusement, aucune sanction n’est prévue contre la traite ou les infractions connexes depuis 2011.

La traite des personnes en Sierra Leone est accentuée par le chômage et le sous-emploi chez les jeunes. Plus de quinze ans après la guerre civile qui a plombé l’économie du pays, la Sierra Leone a l’un des taux de chômage des jeunes les plus élevés d’Afrique.

Malgré une croissance économique perceptible au cours des dernières décennies, de nombreux jeunes Sierra-Léonais sont sans emploi ou, comme Mariam, gagnent à peine assez pour subvenir à leurs besoins. Les familles brisées par la crise d’Ebola de 2013–2016 se battent encore pour assurer la nourriture et la scolarité de leurs enfants.

La crise a entraîné la fermeture de plusieurs mines de fer — le principal produit d’exportation de la Sierra Leone — et la dissolution de nombreuses entreprises opérant dans le secteur minier.

« Lorsque l’occasion se présente, surtout d’aller à l’étranger, la plupart des jeunes la saisissent parce qu’ils pensent qu’il n’existe pas de meilleures alternatives », déclare Sanusi Tejan Savage, Chef de bureau OIM en Sierra Leone.

L’ambiguïté du processus de la traite des personnes fait que parfois, on ne parvient pas à distinguer les victimes des auteurs d’une forme de traite des personnes.

« Envoyer un enfant d’une zone rurale vivre et travailler avec un proche parent dans une zone urbaine ou à forte intensité de travail est une pratique courante chez bon nombre de familles », explique Savage. « Ce que nous considérons comme une forme de traite d’enfants, les familles le voient comme un moyen d’augmenter leurs revenus », ajoute-t-il.

Sensibilisation

De retour en Sierra Leone, Mariam a rejoint le Advocacy Network Against Irregular Migration, une association créée par un migrant de retour, Sheku Bangura, qui avait tenté sans succès le voyage en Europe par la Libye.

Dans les locaux de l’association situés dans la zone est de Freetown, des certificats d’enregistrement et des photos d’événements de sensibilisation passés sont accrochés au mur.

Depuis novembre 2017, plus de 1 400 migrants sierra-léonais, notamment des survivants de la traite bloqués au Mali, au Burkina Faso et au Niger, sont de retour dans leur pays grâce à l’aide de l’OIM dans le cadre de l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants.

Sheku faisait partie de ces migrants. Après six mois dans des difficultés en Libye, il a renoncé à son rêve de voyager en Europe et a décidé de rentrer chez lui dans un vol affrété par l’OIM depuis Tripoli. Il a fondé l’ANAIM avec l’aide à la réintégration qui lui a été fournie, dans l’espoir d’aider d’autres jeunes Sierra-Léonais à ne pas tomber dans le piège des trafiquants et des passeurs véreux.

Depuis sa création, l’ANAIM est devenue un espace sûr où les migrants de retour et les survivants de la traite des personnes peuvent espérer trouver un soutien.

L’association s’autofinance, ainsi Sheku prend en charge toutes les dépenses liées aux activités de sensibilisation avec son salaire d’enseignant.

« Nous avons vécu des expériences similaires, alors nous comptons les uns sur les autres pour nous soutenir moralement, émotionnellement et parfois matériellement », explique Sheku.

« Rejoindre l’association m’a aidée à partager les moments difficiles », admet Mariam. « J’espère que mon histoire inspirera les autres et les aidera à changer d’avis ».

En Sierra Leone, l’OIM renforce les capacités techniques des partenaires gouvernementaux, non gouvernementaux et de la société civile pour aider les victimes de la traite des personnes. Pour plus d’informations sur les programmes de l’OIM en Sierra Leone, veuillez consulter le site www.rodakar.iom.int.

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