Mariam

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« Maintenant, en Sierre Leone, je suis libre. Je peux marcher dans la rue sans avoir peur, personne ne peut m’arrêter ou m’expulser. »
Mariam
Pays Actuel: 
Mauritanie
Pays d'origine: 
Sierra Leone

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“ Heureuse et en sécurité “ : Mariam se bat pour son futur en Sierra Leone

« Quand je me réveille le matin je me prépare telle une reine africaine pour que mes filles soient fières de moi, c’est important qu’elles me voient forte et présente pour elles ».

A 16 ans, Mariam a subi un mariage arrangé par sa famille à la suite du décès de son père. Elle a su rester fière et indépendante malgré un parcours difficile.

« Quand je suis partie de chez moi, nouvellement mariée, je n’étais qu’une enfant qui avait peur ». Mariam a quitté son pays, la Sierre Leone, pour suivre son mari qui partait s’installer en Mauritanie. A maintenant 32 ans, elle a vécu une grande partie de sa vie loin de chez elle. Son mari l’a laissée avec leurs deux fillettes pour partir en Europe, ne voyant plus d’autres solutions pour subvenir aux besoins de la famille après plusieurs années difficiles.

Mariam n’a jamais eu de nouvelles de lui depuis. Seule, loin des siens, elle a su élever ses filles dignement grâce à sa grande force de caractère.« Je suis arrivée en Mauritanie avec tous mes papiers en règle. Malheureusement un jour, j’ai perdu ma carte d’identité et je n’avais pas assez d’argent pour la faire refaire, je suis donc devenue “irrégulière”. Je vivais dans l’inquiétude, j’avais peur de croiser la police, j’avais peur d’être harcelée, j’avais peur pour mes filles. »

Mariam a vécu plusieurs années avec l’anxiété quotidienne de se faire expulser. Ces enfants n’ont pas été scolarisés car ces filles n’ont pas de certificat de naissance, ni de carte d’identité. Elles n’ont jamais été enregistrées dans le système national d’état civil mauritanien.

« Maintenant, en Sierre Leone, je suis libre. Je peux marcher dans la rue sans avoir peur, personne ne peut m’arrêter ou m’expulser, je suis chez moi et mes filles ont un statut. »

Mariam vendait du Bissap sur la plage en Mauritanie, de nature déterminée et combative, elle a toujours trouvé une solution pour nourrir ses enfants. « Personne n’a pu payer mes frais de scolarité, je ne suis pas vraiment allée à l’école. Pour moi c’est très important que mes filles puissent avoir accès à une éducation. » Mariam a un grand potentiel. Certes elle n’a pas eu la chance de faire des études mais parle couramment plusieurs langues. « J’aimerais savoir lire et écrire, c’est mon rêve. Parfois je suis perdue, je ne sais pas comment les choses fonctionnent mais je suis forte, je me bats. J’ai vécu beaucoup de moments difficiles mais quand je me tiens devant mon miroir je dois être une femme fière et montrer ça à mes enfants. »

Mariam a bénéficié du programme de retour et réintégration de l’OIM financé par le fonds fiduciaire de l’Union européenne. Elle peut maintenant subvenir aux besoins de ses deux fillettes grâce à l’activité de transport en commun qu’elle a su développer en Sierra Leone. Elle possède une moto-taxi et un tricycle à moteur. Ses enfants vont à l’école, elles mangent à leur faim et vivent dans un environnement sain.

Après avoir vécu longtemps à l’étranger, beaucoup témoignent de la difficulté de se réintégrer dans leurs pays d’origine. Les repères de Mariam ont disparu mais elle a progressivement retrouvé une place dans une société « qui lui était parfois inconnue » et a su s’entourer.

Elle ne s’était pas sentie très « à sa place » en Mauritanie, où elle a pourtant appris à parler le français et d’autres langues locales mais les barrières culturelles et traditionnelles étaient une difficulté pour son intégration. « Maintenant je me suis reconstruite, j’ai une famille ici en Sierra Leone. J’ai du soutien, nous sommes solidaires. »

Mariam s’est donné comme mission de sensibiliser sa communauté. « Je raconte mon histoire à tout le monde, tous les jours je partage mon parcours et j’informe les gens. J’entends beaucoup d’histoires autour de la migration, de l’argent qu’il faut pour partir, des sommes énormes qui pourraient être investies ici, dans notre pays. »

Mariam est fière d’avoir toujours su respecter ses valeurs et d’être devenue une mère indépendante et une femme cheffe d’entreprise. Pour elle, le rôle et la place de la femme dans la société sont très importants. « Je ne peux pas m’empêcher d’avoir peur pour l’avenir de mes filles. Je veux qu’elles réussissent et que leurs vies soient plus douces que la mienne. Je ne leur souhaite pas mon parcours » Mariam veut que ces enfants puissent avoir le choix de se marier, elle souhaite que ces filles épousent une personne qu’elles aiment et qu’elles soient heureuses et en sécurité.

« Je ne suis pas tombée dans des réseaux, personne ne m’a utilisée pour de l’argent. J’ai été pourtant de nombreuses fois sollicitée par des hommes mais j’ai toujours refusé car je savais que ma destinée était d’utiliser mes idées, mon cerveau et ma force de caractère pour obtenir de l’argent, non pas mon corps. »

De nombreuses femmes sont sollicitées mais « ce n’est pas réellement un travail, c’est de la traite d’êtres humains. Ces personnes vont être utilisées pour enrichir un réseau. Leur corps servira à faire de l’argent,» explique Mariam.

Elle évoque le souvenir des paroles de son père qui lui a enseigné de ne jamais accepter d’utiliser son corps pour survivre, de toujours se respecter et de se servir de son intellect pour développer des projets.

« C’est à mon tour de transmettre ce message maintenant. En tant qu’être humain nous avons des droits, je le sais même si je n’ai pas été à l’école, je sais que j’ai le droit de dire non,» conclut Mariam.

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