Daouda

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Photo: IOM/Moayad Zaghdani

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#iamamigrant
« J’aurais pu aller en Europe il y a longtemps si je l’avais voulu, mais le rêve européen n’a jamais été mon objectif. »
Daouda
Pays Actuel: 
Niger
Pays d'origine: 
Libye

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Le premier vol charter de l’OIM, de Tripoli à Niamey, a atterri au Niger le 6 septembre 2016, transportant 171 migrants voulant échapper aux troubles de la Libye ravagée par les conflits et retrouver leur famille. Cinquante-six autres vols charters et commerciaux ont suivi au cours des quatre années suivantes pour plus de 5 500 migrants nigériens. Daouda est l’un d’entre eux.

“J’ai 46 ans, mais je n’ai jamais mis les pieds dans une école”, commence Daouda. “J’avais une petite entreprise au Niger, mais elle ne marchait pas bien. J’ai vu des amis et des voisins qui allaient en Libye pour chercher du travail, alors j’y suis allé et j’ai cherché aussi”.

Daouda est l’un des 166 migrants nigériens rentrés de Libye sur un vol charter organisé par l’OIM en février.

“J’ai fini par rester et j’ai travaillé pendant près de quatre ans dans le secteur de la construction”, raconte-t-il en attendant d’être enregistré par l’équipe de l’OIM à Niamey après son arrivée.

“Tant qu’il y avait de nouveaux bâtiments à construire, il y avait du travail pour tout le monde — le seul problème était de savoir si vous étiez payé à la fin de la journée.”

Une fois arrivé en Libye, Daouda s’est installé dans un quartier où vivaient beaucoup de ses compatriotes, partageant une nourriture qui lui était familière, parlant la même langue et recréant un sentiment d’appartenance.

Près d’un quart des quelque 650 000 migrants vivant actuellement en Libye sont des Nigériens, la nationalité la plus répandue des migrants (en décembre 2019). Comme beaucoup de ses compatriotes, Daouda s’est rendu en Libye à la recherche d’un travail saisonnier.

“J’aurais pu aller en Europe il y a longtemps si je l’avais voulu, mais le rêve européen n’a jamais été mon objectif. Je voulais juste gagner assez pour subvenir aux besoins de ma famille et rentrer chez moi”, dit-il.

Après que le conflit ait éclaté à Tripoli et dans les environs en avril 2019, la femme de Daouda l’a appelé sans relâche, le suppliant de rentrer. Bien qu’il voulait rentrer, il n’avait aucun moyen de le faire.

Un jour, alors qu’il se rendait au travail, il a été attrapé dans la rue et détenu par des hommes armés.

“Pendant que j’étais en prison, ils ont pris tout ce que j’avais, tout. J’ai travaillé tout ce temps pour rien”.

Une fois libéré, il a repris son travail quotidien dans la construction, espérant pouvoir économiser suffisamment pour payer son retour au Niger.

Les équipes outreach de l’OIM en Libye se rendent régulièrement dans les quartiers de migrants pour les informer de l’aide disponible, notamment du programme de retour humanitaire volontaire (RHV). Plusieurs amis de Daouda ont utilisé ces services et ont pu retourner dans leurs familles au Niger avec le soutien de l’OIM. Ils ont pris contact avec lui et alors Daouda était persuadé de rentrer aussi.

Les équipes de RHV de l’OIM en Libye aident les migrants dans les centres de détention et les zones urbaines. Près de 70 % des Nigériens qui ont eu recours au programme de RHV vivaient auparavant dans des zones urbaines en Libye.

Avec le lancement en 2018 de la ligne VHR de l’OIM, l’assistance est devenue encore plus accessible. Depuis son lancement, près de la moitié des appels ont été passés par des Nigériens désireux d’en savoir plus. Pour s’adapter aux besoins actuels, la ligne d’assistance téléphonique dispose désormais d’opérateurs qui parlent le haoussa et le tamashek, deux langues locales courantes au Niger.

* Appelez le +218 9100 11 491 si vous êtes bloqué en Libye *

Probablement aucune autre mission de l’OIM ne comprend mieux l’organisation de vols charter que l’OIM Libye qui, depuis novembre 2015, a organisé plus de 300 vols charter et 700 vols commerciaux pour plus de 50 000 migrants souhaitant rentrer chez eux. Au fil des années, des migrants de 44 pays d’origine différents ont bénéficié d’une assistance en matière de RVH, la plupart d’entre eux venant du Nigeria (15 729), du Mali (6 440) et du Niger (5 541).

En seulement une semaine en février, les 61 membres du personnel de l’OIM en Libye ont organisé avec succès quatre vols charter vers trois pays d’origine différents. La clé pour comprendre le programme de RVH est le mot “coordination”. Chaque vol de deux heures, apparemment simple, nécessite en fait des jours, voire des semaines, de planification avec les autorités compétentes, les ambassades et consulats, les communautés de migrants, les missions de l’OIM dans les pays d’origine et d’autres partenaires.

L’escalade du conflit au cours des 11 derniers mois a rendu le travail humanitaire de plus en plus compliqué et important, et a ajouté de multiples défis de sécurité aux opérations de RVH déjà complexes. L’aéroport international de Mitiga à Tripoli, par exemple, a été bombardé à de multiples reprises, ce qui a obligé à reporter les vols charters plus d’une fois.

“Nous restons à l’aéroport jusque tard dans la nuit pour nous assurer que les vols décollent en toute sécurité”, explique Feisal Muhamud, un responsable des opérations de retour à l’OIM Libye.

“D’autres fois, l’aéroport doit fermer même si notre personnel a déjà commencé à embarquer les migrants. Nous restons assis et attendons la réouverture de l’aéroport. Il n’y a qu’un bref moment de bonheur lorsque nous voyons les roues de l’avion quitter le sol — et nous commençons déjà à nous préparer pour le prochain”.

Tous ces mouvements nécessitent une intensification des opérations et une assistance renforcée pour les migrants qui souhaitent rentrer chez eux. Aujourd’hui, bien que cela reste difficile, les vols charters sont une pratique régulière pour les 16 membres du personnel opérationnel de l’OIM qui gèrent les retours au Niger. Des listes sont établies et des groupes WhatsApp créés pour assurer une bonne coordination 24 heures sur 24.

“Chaque fois qu’il y a une lacune, le personnel des autres unités intervient pour aider. Il n’y a pas un responsable de programme qui n’ait pas distribué de la nourriture à un moment donné”, note Esmel Essoh, responsable des opérations de l’OIM au Niger.

“Nous nous retrouvons souvent à travailler de nuit, ce qui exige beaucoup de flexibilité. Le niveau de stress peut être parfois élevé, mais nous faisons de notre mieux pour nous soutenir mutuellement, car nous travaillons tous dans le même but : soutenir les migrants dans le besoin”.

Alors que l’avion de Daouda atterrit finalement à Niamey à 2 heures du matin — six heures plus tard que prévu — une équipe de l’OIM composée de personnel médical, de protection, de gestion des données et d’opérations attend avec impatience les retournés. A leur arrivée, ils fournissent aux migrants de la nourriture, un soutien technique et logistique et des soins médicaux et psychosociaux si nécessaire. Chaque migrant reçoit également de l’argent de poche afin de pouvoir payer le transport vers sa communauté d’origine.

Daouda n’a pas vu sa femme Rafya et ses deux enfants Ibrahim et Mariam depuis quatre ans. L’aîné a récemment commencé l’école, tandis que la petite Mariam vient d’avoir six ans.

“J’ai certainement manqué de nombreux moments importants dans leur vie, mais je suis déterminé à me rattraper”, déclare Daouda avec optimisme.

“Mon expérience en Libye n’a pas toujours été facile, mais je suis content de l’avoir eue. J’ai beaucoup appris et j’en suis sorti meilleur”.

Le retour humanitaire volontaire (RHV) facilite une gestion ordonnée, sûre, régulière et responsable des migrations grâce à l’élaboration de politiques et de processus de protection et de réintégration durable fondés sur les droits et axés sur le développement. Daouda, comme tous les migrants rentrés de Libye par le biais du programme de RVH de l’OIM, est éligible à l’aide à la réintégration. Les projets de réintégration visent à aider les retournés à atteindre l’autosuffisance économique, le bien-être psychosocial et la stabilité sociale au sein de leurs communautés.

L’objectif du Mécanisme de Ressource et de Réponse pour les Migrants (MRRM) de l’OIM au Niger est de fournir une assistance directe aux migrants en transit, de mener des activités de promotion d’alternatives viables à la migration, d’informer les individus sur la migration sûre et d’encourager les activités qui garantissent que les migrants peuvent contribuer à l’économie dans leur pays d’origine.

Les programmes VHR et MRRM font tous deux partie de l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants soutenue par l’Union européenne.

 

https://together.un.org            http://usaim.org/            https://sustainabledevelopment.un.org