Ernest

Primary tabs

photo credit: IOM/Monica Chiriac

1,848 kmfrom home
#iamamigrant
"Nous avons dû enterrer tellement de personnes. Alors que je creusais leurs trous dans le sable, j’avais aussi prévu de creuser le mien."
Ernest
Pays Actuel: 
Niger
Pays d'origine: 
Nigéria

Partagez ce témoignage:

« La route pour aller du Nigeria à la Libye a été terrible. Le chauffeur nous a dit que la route n'était pas bonne et nous avons dû attendre… Nous sommes restés dans le désert trois semaines, sans nourriture, eau ni ombre. Nous étions 30 quand nous sommes partis, mais seulement 5 d’entre nous ont survécu. Certains buvaient leur urine pour survivre. Nous avons dû enterrer tellement de personnes. Alors que je creusais leurs trous dans le sable, j’ai aussi prévu le mien.

A peine arrivés en Libye, nous avons été emprisonnés à Sabha tout de suite. Ils m'ont demandé de payer, mais j'avais déjà payé mon voyage pour Libye quand j'ai quitté le Nigeria. Ils ont dit qu'ils n'avaient pas reçu l'argent, alors ils m'ont enfermé dans une pièce et m'ont frappé avec des tuyaux et des fils électriques. Ça a été mon quotidien pendant les huit mois qui ont suivi.

Nous étions plus de 100 personnes entassées dans une petite pièce. J'y ai vu des gens mourir, y compris deux de mes amis, de tous les coups reçus et de la faim. Je n'avais ni nourriture, ni eau, et pas d'argent pour sortir. Je voulais demander de l'aide à quelqu'un, mais je n'avais pas le numéro de mes parents.

Des mois plus tard, j'ai réussi à accéder à Facebook et à demander leur numéro à un proche. Mes parents étaient très fâchés au début. Ils n'avaient aucune idée de l'endroit où je me trouvais, ni du fait que j'étais parti pour l'Europe. Quand je suis parti, mon passeur m'avait dit de ne dire à personne.

Finalement, avec l'aide de notre communauté, mes parents ont réussi à collecter de l'argent et payer la rançon. Une fois sorti de cette “prison”, j’ai vécu dans la rue, essayant de survivre et de trouver l'argent pour rentrer chez moi. J'ai travaillé comme soudeur pour un homme qui ne m'a jamais payé. Je voulais partir, mais je n'avais pas le choix parce qu'il menaçait de me tuer si j'osais lui désobéir. C'est le genre de vie que les noirs ont en Libye.

J'ai été choqué de voir autant de femmes contraintes à se prostituer, et utilisées comme esclaves sexuelles. Ce n'est pas le travail qu'elles pensaient faire quand elles sont parties. Certaines d'entre elles ont perdu la vie à cause de cela. La plupart d'entre elles n’ont même pas la possibilité de passer un coup de fil et demander l’argent de la rançon. Personne n'est là pour écouter leurs cris à l'aide.

Quand j'ai finalement réussi à quitter la Libye, je suis allé à Agadez. Sur le chemin, notre voiture est tombée en panne et nous avons rejoint un convoi qui revenait de Libye. Une fois arrivé à Agadez, je me suis à nouveau retrouvé dans la rue. Un jour, quelqu'un m'a approché et m'a demandé si je voulais rentrer chez moi et m’a parlé de l'OIM.

Ici, au centre de transit, je sens que je suis déjà à la maison. Je vois mes compatriotes nigérians, nous jouons et rions ensemble; Je ressens l'amour fraternel. Je suis heureux aujourd'hui et j'espère que mes parents le seront aussi lorsqu'ils me verront. Pendant que j'étais dans le désert, j'ai continué à penser à eux et à demander pardon à Dieu. Ils ont tellement souffert pour me payer l'école et c'est ainsi que je les remercie. Je veux rentrer et ouvrir un atelier de soudure, et les rendre fiers. »

Related Sustainable Development Goal(s):

 

https://together.un.org            http://usaim.org/            https://sustainabledevelopment.un.org