Junior

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Photo credit: IOM/Monica Chiriac

2,503 kmfrom home
#iamamigrant
« Beaucoup sont tombés dans l'eau pendant l'embarquement - ils ont appelé cela un sacrifice. »
Junior
Pays Actuel: 
Niger
Pays d'origine: 
Guinéee

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« Mon frère est revenu en Guinée après avoir passé un an en Italie, et il s’est acheté une voiture de marque. Je voulais ce genre de vie aussi. J’ai obtenu un passeport et ai fait une demande de visa, mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu donc j’ai dû trouver un autre moyen de me rendre en Italie. Quand je suis parti, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait sur la route. Une fois à Bamako, j’ai dû demander aux passeurs quel était le chemin pour l’Europe, et ils m’ont expliqué tous les trucs et astuces de la migration irrégulière.

Entre le Mali et l’Algérie, ils nous ont kidnappés et nous ont demandé de l’argent. Ils ont fouillé mon sac, trouvé mon diplôme universitaire et mon passeport, et les ont déchirés devant mes yeux. Ils nous ont enfermés à clef pendant deux semaines sans nourriture. Si vos parents refusent d'envoyer de l'argent, ils vous battent. Après qu’ils nous ont relâchés, nous avons continué notre route. Nous avons marché pendant trois jours sans nourriture ni eau, sans habitation ou village en vue. Cinq personnes sont mortes, dont un de mes amis. Il ne pouvait plus marcher donc je l’avais soutenu avec mon épaule pour continuer d’avancer. Mais à un certain moment, je me suis arrêté, j'ai pleuré et je l’ai laissé là. 

J'ai dit au groupe que nous avions besoin de suivre les antennes et trouver la route principale. Des voitures s’arrêtaient de temps en temps et nous donnaient un peu d'eau ou un morceau de pain. Un homme nous a dit de monter, qu'il allait nous déposer dans le village le plus proche. En chemin, nous nous sommes rendu compte qu'il comptait nous amener à Tamanrasset pour nous vendre. Une fois là-bas, ils ont exigé 10 000 francs CFA chacun en échange de notre liberté. La moitié du groupe a réussi à payer et a été libérée, l'autre moitié est restée derrière.

Nous avons enfin vu quelques bus allant dans des directions différentes. J'ai dit aux gens que j'étais déterminé à me rendre en Italie, que c'était une question de vie ou de mort. Ils ont décidé de me suivre. Nous avons passé deux semaines à Tripoli en attendant de monter dans un bateau pour l'Italie. Il était 4 heures du matin quand ils ont fait monter 300 personnes à bord. Le passeur a désigné un des passagers pour être le capitaine et lui a montré comment naviguer en quelques minutes. Le temps était très couvert quand nous sommes partis, le vent soufflait et les gens tremblaient. Beaucoup sont tombés dans l'eau pendant l’embarquement - ils ont appelé cela un sacrifice.

Notre bateau a chaviré après 200 km et seulement la moitié des personnes a survécu. Ils nous ont ramenés à Tripoli, nous ont mis en prison puis transférés dans une autre prison en Algérie. Un jour, quand ils nous servaient à manger, j'ai réussi à m'échapper. J'ai commencé à courir, mais je ne savais pas où j'allais. J'ai demandé ma route aux gens, mais personne ne parlait français. J'ai enfin trouvé une jeune fille arabe qui parlait français et lui ai demandé comment retourner au Niger. Elle m'a dit qu'elle pouvait me montrer où trouver mes frères africains et a sauté dans un taxi avec moi. En chemin, je lui ai raconté tout ce que j’avais vécu, elle m’écoutait attentivement, et une fois mon récit terminé, elle a commencé à pleurer.

Quand nous sommes arrivés au ghetto, un grand groupe s'apprêtait à partir pour Tripoli. J'ai commencé à rire quand un jeune guinéen de 14 ans m'a dit qu'il allait là-bas. Il a dit : "C'est une question de vie ou de mort" et a ajouté que 40 de ses amis avaient réussi à se rendre en Italie le jour précédent. Il m'a demandé pourquoi je riais. Je lui ai dit qu'il comprendrait dans quelques mois puis je leur ai expliqué à tous ce que j’avais vu sur la route et toutes les souffrances que j'avais endurées. Certains ont écouté et changé d'avis, d'autres ont suivi leur plan.

La jeune fille m’attendait toujours. Plus tard, quand mon père m'a fait parvenir un peu d'argent, j’ai voulu la rembourser, mais elle a refusé. Elle m'a emmené dans un endroit pour passer la nuit et est revenue me voir dans l'après-midi avec des jus et de quoi grignoter. Nous avons parlé de l'avenir et de la migration irrégulière, de ma famille et des raisons qui m’avaient poussé à partir. Elle a été surprise d'entendre que même avec un bon diplôme universitaire, j’avais tout de même choisi cette voie. Les gens sont encouragés par d'autres sur les médias sociaux mais Facebook ne te montre pas toute la vérité. »

« Mon frère est revenu en Guinée après avoir passé un an en Italie, et s’est acheté une voiture de marque. Je voulais ce genre de vie aussi. J’ai obtenu un passeport et ai fait une demande de visa, mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu donc j’ai dû trouver un autre moyen de me rendre en Italie. Quand je suis parti, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait sur la route. Une fois à Bamako, j’ai dû demander aux passeurs quel était le chemin pour l’Europe, et ils m’ont expliqué tous les trucs et astuces de la migration irrégulière.

Entre le Mali et l’Algérie, ils nous ont kidnappés et nous ont demandés de l’argent. Ils ont fouillé mon sac, trouvé mon diplôme universitaire et mon passeport, et les ont déchirés devant mes yeux. Ils nous ont enfermés à clef pendant deux semaines sans nourriture. Si vos parents refusent d'envoyer de l'argent, ils vous battent. Après qu’ils nous ont relâchés, nous avons continué notre route. Nous avons marché pendant trois jours sans nourriture ni eau, sans habitation ou village en vue. Cinq personnes sont mortes, dont un de mes amis. Il ne pouvait plus marcher donc je l’avais soutenu avec mon épaule pour continuer d’avancer. Mais à un certain moment, je me suis arrêté, j'ai pleuré et je l’ai laissé là. 

J'ai dit au groupe que nous avions besoin de suivre les antennes et trouver la route principale. Des voitures s’arrêtaient de temps en temps et nous donnaient un peu d'eau ou un morceau de pain. Un homme nous a dit de monter, qu'il allait nous déposer dans le village le plus proche. En chemin, nous nous sommes rendu compte qu'il comptait nous amener à Tamanrasset pour nous vendre. Une fois là-bas, ils ont exigé 10 000 francs chacun en échange de notre liberté. La moitié du groupe a réussi à payer et a été libérée, l'autre moitié est restée derrière.

Nous avons enfin vu quelques bus allant dans des directions différentes. J'ai dit aux gens que j'étais déterminé à me rendre en Italie, que c'était une question de vie ou de mort. Ils ont décidé de me suivre. Nous avons passé deux semaines à Tripoli en attendant de monter dans un bateau pour l'Italie. Il faisait 4 heures du matin quand ils ont fait monter 300 personnes à bord. Le coxer a désigné un des passagers pour être le capitaine et lui a montré comment naviguer en quelques minutes. Le temps était très couvert quand nous sommes partis, le vent soufflait et les gens tremblaient. Beaucoup sont tombés dans l'eau pendant l’embarquement - ils ont appelé cela un sacrifice.

Notre bateau a chaviré après 200 km et seulement la moitié des personnes a survécu. Ils nous ont ramenés à Tripoli, nous ont mis en prison puis transférés dans une autre prison en Algérie. Un jour, quand ils nous servaient à manger, j'ai réussi à m'échapper. J'ai commencé à courir, mais je ne savais pas où j'allais. J'ai demandé ma route aux gens, mais personne ne parlait français. J'ai enfin trouvé une jeune fille arabe qui parlait français et lui ai demandé comment retourner au Niger. Elle m'a dit qu'elle pouvait me montrer où trouver mes frères africains et a sauté dans un taxi avec moi. En chemin, je lui ai raconté tout ce que j’avais vécu, elle m’écoutait attentivement, et une fois mon récit terminé, elle a commencé à pleurer.

Quand nous sommes arrivés au ghetto, un grand groupe s'apprêtait à partir pour Tripoli. J'ai commencé à rire quand un jeune guinéen de 14 ans m'a dit qu'il allait là-bas. Il a dit : "C'est une question de vie ou de mort" et a ajouté que 40 de ses amis avaient réussi à se rendre en Italie le jour précédent. Il m'a demandé pourquoi je riais. Je lui ai dit qu'il comprendrait dans quelques mois puis je leur ai expliqué à tous ce que j’avais vu sur la route et toutes les souffrances que j'avais endurées. Certains ont écouté et changé d'avis, d'autres ont suivi leur plan.

La jeune fille m’attendait toujours. Plus tard, quand mon père m'a fait parvenir un peu d'argent, j’ai voulu la rembourser, mais elle a refusé. Elle m'a emmené dans un endroit pour passer la nuit et est revenue me voir dans l'après-midi avec des jus et de quoi grignoter. Nous avons parlé de l'avenir et de la migration irrégulière, de ma famille et des raisons qui m’avaient poussé à partir. Elle a été surprise d'entendre que même avec un bon diplôme universitaire, j’avais tout de même choisi cette voie. Les gens sont encouragés par d'autres sur les médias sociaux mais Facebook ne te montre pas toute la vérité. »

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