Ousmane

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« Je n’ai jamais pensé que je le ferais vivant. J’étais censé y mourir. Beaucoup de gens ne savent même pas que je suis vivant ».
Ousmane
Pays Actuel: 
Niger
Pays d'origine: 
Gambie

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« J’ai quitté la Gambie pour la Libye, il y a un an, avec un de mes amis. Je voulais gagner assez d’argent pour prendre soin de ma mère. Il nous a fallu trois jours dans le désert pour arriver en Libye. Nous étions 25 personnes dans un petit pick-up. Une femme enceinte qui était avec nous y est décédée, car la voiture roulait trop vite. Une fois en Libye, la vie est devenue encore plus difficile. J’ai commencé à mendier dans les rues pour pouvoir payer mon loyer. Un jour, une dame m’a vu mendier et m’a offert du travail.

Mon ami est tombé gravement malade en Libye. Je lui achetais des médicaments dès que j’avais un peu d’argent. Il était malade, et non pas mort. Ils l’ont enterré vivant. Ils ont dit qu’il n’aurait pas survécu de toute façon. Je l’ai entendu crier mon nom dans le trou. J’ai couru vers lui et je les ai vus lui jeter de la saleté. J’ai essayé de le sauver, mais je me suis fait couper avec un couteau.

Mon frère aîné est parti pour la Libye avant moi. Il était déjà à Tripoli, donc je n’ai pas pu le voir. Un ami m’a appelé hier pour me dire qu’il est mort et m’a aussi envoyé une photo. Il avait 28 ans. Je ne sais même pas ce qui lui est arrivé. Je n’ai pas d’autres frères et sœurs ; ils sont tous décédés. Ma mère ne sait pas qu’il est mort et si je le lui dis, elle mourra aussi, et il ne me restera plus personne. Comment puis-je rentrer sans mon frère ?

J’ai vu tant de choses en Libye que je ne peux même pas expliquer. J’étais en prison pendant un mois et deux jours. Chaque vendredi, ils tuaient cinq personnes. Ils vous donnent le téléphone et vous obligent d’appeler votre famille pour qu’elle vous envoie de l’argent en échange de votre liberté. Si la famille accepte de vous envoyer de l’argent, ils écrivent un numéro sur une étiquette qu’ils attachent à votre orteil. Même s’ils reçoivent l’argent, parfois, ils ne vous libèrent pas. Ils disent qu’ils vont vous jeter dehors, alors qu’en réalité ils vont vous tuer soit par pendaison, soit par fusillade. J’en ai été témoin à cinq reprises.

Je leur disais que je n’avais pas de mère ni de père ni de famille. Je venais d’une famille très pauvre, donc je savais qu’elle ne pouvait pas payer la rançon. Ainsi, ils m’ont battu. Ils ont réussi à appeler mon oncle qui m’a demandé combien il devait m’envoyer. Je lui ai dit de ne pas le faire, de prendre soin de ma mère, d’acheter des médicaments et de ne rien payer. Chaque jour, ils me disaient : “Ousmane, c’est ton tour vendredi prochain”. Et puis un vendredi, ils ont finalement appelé mon nom. C’était moi ou quelqu’un que je connaissais. J’étais l’un des plus jeunes dans la prison, alors l’homme leur a dit : “Tuez-moi plutôt. Il est trop jeune pour mourir”, avant de me dire : “quand tu rentreras en Gambie, vas dans mon village et dis à ma famille que je suis mort”.

Je n’ai jamais pensé que j’en sortirai vivant. J’étais censé y mourir. Beaucoup de gens ne savent même pas que je suis en vie. Les gens pleurent dans les prisons. Je n’ai jamais pleuré. Si vous voulez prier, ils vous fouettent cent fois. Je priais cinq fois par jour. Je regrette d’être allé en Libye. Je ne me suis jamais senti aussi seul. Je veux juste revenir en arrière et recommencer mon travail. Je ne conseillerais personne de prendre cette route. Je n’ai plus de famille, plus rien maintenant».

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